Hommage à Roger Benarrosh

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Vendredi 27 septembre à 17 h 45 à Beaugrenelle


Notre Président fondateur Roger BENARROSH (z''l) s'est éteint le premier juin dernier.

Il avait consacré sa vie à proposer une vision du judaïsme originale et en même temps conforme à notre tradition, ou comme il le disait lui-même lors du 30ème anniversaire du MJLF « un judaïsme libéral accueillant, cohérent, affirmé, mais dans un retour à plus de tradition. ». Cette vision est particulièrement importante en cette période où nous avons décidé, suivant sa voie, de nous rapprocher de l'ULIF afin de proposer un judaïsme que tous puissent suivre dans le monde actuel.


La famille de Roger et le MJLF ont souhaité lui rendre hommage

vendredi 27 septembre à 17 h 45 à Beaugrenelle

Juste avant l'office qui marque l'entrée dans le Shabbath, cet hommage ancre, comme il le souhaitait ardemment, notre action collective dans le judaïsme.

Nous avons décidé de placer ce moment sous le signe de la transmission, principe fondamental du judaïsme, qui sous-tendait l'action de Roger, avec notamment des interventions de participants à la création du MJLF, d'enfants du MJLF et de ceux qui maintenant encadrent nos jeunes. Le violon, cher à Roger, accompagnera ce temps de souvenir et d'espoir.

Nous vous attendons.

Chers amies et amis,

Voici les textes prononcés par le rabbin Daniel Farhi, le rabbin Delphine Horvilleur, l'un de mes prédécesseurs Félix Mosbacher et notre ami Paul Bernard, en hommage à Roger Benarrosh, président fondateur du MJLF.

Gad Weil
Président



Intervention du rabbin Daniel Farhi

Roger Benarrosh n'est plus.

Roger, mon frère, tu n'es plus. Je prononce ces mots stupides et insignifiants. Tu n'es plus quoi ? D'habitude le verbe être est un auxiliaire suivi d'un déterminant. Ici et maintenant il n'est que l'expression de l'existence, de cette vie qui t'a quitté à tout jamais, qui nous a quitté. Tu n'es plus, et nous, nous sommes. Et toi, tu nous sommes d'être après toi, de te prolonger. Sincèrement Roger, c'est une tâche très difficile que tu nous assignes. Tu nous as accoutumés aux défis les plus fous que tu nous as lancés. Nous les avons relevés parce que tu étais là pour nous insuffler ton ardeur et ta foi. Nous avons été forts de ta force ; sûrs de tes certitudes ; riches de tes projets ; gonflés de tes aspirations. Ce que nous avons construit, c'est autour de toi que nous l'avons fait. Comment, me suis-je souvent demandé, un seul homme peut-il ainsi tenir à bout de bras un projet aussi insensé que celui auquel tu nous as tous associés : les vivants ici présents, et ceux qui nous ont quittés ces dernières années ? A quelques mètres d'ici, dans ce même cimetière, repose Colette Kessler à qui je pense évidemment en premier. Mais combien d'autres ! Des noms me viennent à l'esprit, et pardon si j'en oublie, et pardon si je mêle les vivants et les morts. Madeleine Libmann, Claude Schil, Michel Trèves, Jean Alexandre, Michel Alexandre son fils, Albert Simantov, Jean-Robert Cohen, André Kollender, Simon et Claudine Dahan, Alain Cyrot, Albert Knobler, Gillian et Paul Chebath, Roger Lévy, Daniel Lévy son fils, François Spire, Henri Koch, Thierry Koch son fils, Richard Toper, Denis Gauthier, Olivier Gauthier son fils, Guy et Françoise Strauss, David Kessler, Simon Lentschner, Francis son fils, Henri-Jack Henrion, Claudine Hufnagel, Françoise Goldstein, Jean-Pierre Dreyfus, Raymond Danziger…

Ces hommes, ces femmes et moi, n'ont donné le meilleur d'eux-mêmes que parce que tu les as animés, au sens étymologique de ce verbe : tu leur as communiqué ton âme. L'âme d'un responsable communautaire, comme ton père David, président de la communauté juive à Meknès, ta ville natale, ton frère aîné Raphaël, président du Consistoire de Nice et de sa région. Tu as consacré ta vie au service du judaïsme. Tu as dit un jour que créer une communauté était une expérience unique dans la vie d'un homme. C'est ce que tu as fait et tu l'as bien fait. Le MJLF est devenu, grâce à toi, ce qu'il est aujourd'hui au sein de la communauté. Par ta place éminente au sein des principales institutions juives de France, tu as inscrit notre jeune communauté dans le sillage de ses aînées.

Expert-comptable, c'est-à-dire homme de chiffres et de finance, tu étais d'abord un homme de cœur et de vision. Parmi tant d'autres, je voudrais en rappeler deux exemples. Le premier, alors que le MJLF cherchait fiévreusement des fonds pour construire sa synagogue, tu n'as pas hésité à encourager la création d'un comité pour l'Appel Unifié Juif de France en son sein. Certains t'ont dit : mais cet argent que vous allez collecter pour l'AUJF va faire défaut à notre propre collecte ! Tu as répondu que la tsedaka n'appauvrirait pas notre projet, au contraire. Et tu as vu juste parce que tu as vu avec les yeux de la générosité. – Le second exemple, c'est la façon dont tu nous as permis, à Colette et à moi, de mener à bien notre tâche sans avoir à nous soucier des conséquences financières de nos projets. Tel Zevouloune, fils de Jacob et commerçant, qui permit à Issakhar son frère d'étudier la Torah grâce à son aide matérielle, tu as eu à cœur de nous épargner les inquiétudes du quotidien pour nous permettre de nous consacrer au spirituel. La tradition nous enseigne que dans le monde à venir, c'est Zevouloune qui sera crédité de l'étude de la Torah, non Issakhar ! – Lorsqu'un projet valable était proposé, tu disais aussi : « On lance d'abord le projet, on trouvera l'argent après ».

Roger, tu as été mon frère et mon ami depuis plus de cinquante ans. Depuis Copernic jusqu'au MJLF. Nos enfants ont sensiblement les mêmes âges et nous les avons vus naître et grandir ensemble. Madeleine et toi avez été le couple ami de Paule et Daniel. Une anecdote : les soirs de réunion du Conseil d'administration, il arrivait souvent que Madeleine et Paule se téléphonent jusqu'au moment où nous rentrions chez nous ! Lorsque notre fille Déborah est née en 1972, c'est à toi que nous avons demandé d'en être le parrain, fonction dont tu t'es toujours acquitté fidèlement, y compris lorsqu'elle était adulte depuis longtemps. Empêchée de venir aujourd'hui à cause de sa santé, elle est en union avec nous par la pensée. Comment oublier les journées passées à Montainville où votre art d'accueillir faisait merveille, Madeleine et toi ? Nos enfants jouaient sur la grande pelouse cependant que nous fumions ensemble l'un des gros cigares que tu affectionnais. – Il y avait aussi les journées portes ouvertes où Madeleine et toi accueilliez toute la communauté et qui se terminaient toujours par un barbecue où c'est toi qui faisais cuire les merguez selon un rituel que tu gardais jalousement, revêtu d'un tablier et prenant plaisir à nous régaler. – Il y avait la finale de Roland Garros qui tombait souvent ce jour de réunion communautaire. – Je revois également ta maman Alegria pour laquelle tu avais tous les égards. Je la revois notamment bavardant avec ma mère et Mme Perahia, trois femmes séfarades qui avaient tant de choses à se dire.

Pendant plus de cinquante ans, tu m'as offert une amitié précieuse. Tu as partagé mes joies ; tu as partagé mes soucis ; tu as encouragé mon action. Tu as toujours œuvré à des solutions pacifiques lorsque la situation l'exigeait. De fait, bien que défendant avec force tes convictions, tu as toujours fait en sorte que les opinions contraires finissent par s'accepter mutuellement. Tu étais le médiateur idéal, l'homme de paix et de consensus.

Tu étais aussi à mes yeux la synthèse parfaite entre le monde oriental dont tu étais issu et le monde occidental que tu incarnais. De ton Maroc natal tu avais gardé maintes traditions, tant culinaires que folkloriques. Je me rappelle les soirs de séder communautaire où je te faisais chanter Had Gadya en judéo-arabe pour la plus grande joie des convives. De la France où tu avais fait tes études, tu avais adopté un raffinement et une élégance portés à leur summum. Et si je parle d'élégance, ce n'est pas que vestimentaire, mais morale et humaine. Ta sensibilité et ta discrétion étaient ta marque de fabrique. J'ai lu, dans un des multiples témoignages que j'ai reçus, que tu ne cherchais pas à être devant sur les photos. Effectivement, je suis frappé quand j'en regarde certaines par le fait que tu es souvent derrière dans les groupes. Heureusement, ta haute stature faisait qu'on apercevait quand même ta tête ! Du monde occidental, tu avais la culture et la qualité du verbe. Il est vrai que, marié à Madeleine depuis 1962, tu avais à tes côtés un professeur particulier de littérature française qui a souvent rédigé des recensions de livres pour la revue Tenou'a que nous avions créée en 1982. Je revois aussi ta belle écriture régulière avec laquelle tu rédigeais tes courriers et tes discours bien avant la généralisation de l'informatique.

Tes discours, parlons-en. Ils étaient toujours construits et structurés de façon très cartésienne. Un peu longs certes, mon cher Roger, mais tellement agréables à écouter ! Tes interventions, notamment au sein du Conseil d'Administration que tu as présidé si longtemps, étaient d'une clarté qui rétablissait souvent l'ordre au milieu de discussions animées et quelque peu touffues. Quelques unes de tes expressions préférées : « De quoi parlons-nous ? », ou bien encore : « Il ne faut pas prendre l'autoroute à pied », ou « Il faut être fidèle au passé, ancré dans le présent et tourné vers l'avenir ». Tu rétablissais toujours la sérénité lorsque les discussions s'enlisaient et risquaient d'être improductives. Ces qualités, et bien d'autres, ont fait de ta présidence du MJLF une réussite complète. Tu as pris les bonnes décisions à chaque fois qu'il l'a fallu. Tu as continué, bien après avoir quitté la direction de la communauté, de conseiller avec sagesse et discrétion tes successeurs. Je pense en particulier à ta proximité avec Francis Lentschner qui n'a jamais manqué de solliciter tes avis en de nombreuses circonstances.

Je ne voudrais pas conclure mon propos sans évoquer ta famille qui m'est très chère. Tout d'abord ton père David qui vous a montré la voie du service de la communauté, mort en 1956, enterré au Maroc ; ta mère Alegria née Benabou qui vous a accompagnés de son amour et de sa bienveillance jusqu'à presque 100 ans (elle était une figure du MJLF) ; ton frère aîné Raphaël, décédé, que j'ai déjà évoqué pour son engagement communautaire (ses enfants sont là) ; ta sœur Suzanne qui habite à Toulouse et n'a pu se déplacer ; ton frère Maurice qui n'a pu venir non plus, mais à qui Sophie et Anne rapporteront tous les détails et les paroles prononcées à cette cérémonie ; ta sœur Georgette, décédée, à qui il aura été épargné d'assister à la mort de son fils Philippe, un de tes neveux que tu aimais beaucoup. – Et puis, il y a la famille que tu formée en épousant Madeleine il y a 56 ans. Madeleine qui a voulu rejoindre le judaïsme et, de ce fait, en fréquentant la rue Copernic et les cours du rabbin André Zaoui, t'a fait connaître le judaïsme libéral que tu as tout de suite adopté et aimé, ce qui a déterminé ton cheminement communautaire. Elle a toujours été la compagne et l'aide dont parle la Bible à propos du premier couple de l'histoire, Adam et Eve. Vous avez eu deux filles, Sophie et Anne, dont j'ai dit combien mes enfants, Paule et moi étions proches. Comment oublier notamment certaines colonies de vacances où elles tenaient toute leur place, parfois un peu excentrique, n'est-ce pas Sophie ? Cette dernière, avec Paul, vous a donné un petit-fils, David. Anne, avec Laurent, vous a donné Mickaël et Sarah. Je sais combien ces petits-enfants ont éclairé ces vingt dernières années. Je sais aussi combien tes neveux et nièces t'étaient chers au sein d'une famille unie et qui le restera.

Mon très cher Roger, il est temps de nous séparer, provisoirement. Socrate, au moment d'avaler la ciguë après son procès, a prononcé les paroles suivantes : « Amis, il est temps de nous séparer ; vous pour aller vers la vie, moi pour aller vers la mort. Qui de nous a le meilleur sort ? ». La question reste posée. Que le Ciel t'accueille, que la terre te recueille et te soit légère.


Daniel Farhi, rabbin fondateur, avec Colette Kessler et Roger Benarrosh du MJLF le 2 juin 1977.


Éloge funèbre prononcé par le rabbin Delphine Horvilleur

à la mémoire de ROGER BENARROSH
ELIEZER BEN DAVID VE-ALEGRIA
Décédé le 1er juin 2019 / 27 iyar 5779
Inhumé à Pantin le 5 juin 2019 / 2 sivan 5779


MIDOR LEDOR…DE GÉNÉRATION EN GÉNÉRATION

En ce lieu, en cet instant, des générations se tiennent la main.

Des générations de bâtisseurs, et d'enfants de bâtisseurs.

Des hommes et des femmes qui ont construit un monde, ou qui sont héritiers de ces constructions et qui ont sur leurs épaules la charge de poursuivre, de consolider et de continuer.

Se tiennent la main ici des générations du Mouvement Juif Libéral de France, mais aussi des générations du judaïsme libéral ou progressiste français, mais aussi des générations du judaïsme français tout simplement, les générations des militants et des piliers de ces institutions qui font la grandeur et la beauté de notre attachement à la République et à la France, un attachement dont la vie de Roger offre le plus puissant des témoignages.

Cette notion de génération, vous le savez, est extrêmement chère à la tradition juive.

Notre liturgie le répète sans cesse. MIDOR LE DOR, à chaque génération, nous devons nous souvenir, et poursuivre et raconter.

Et ce mot DOR, qu'on utilise sans cesse, beaucoup en ignore le sens profond.

Ce verbe dont il est tiré en hébreu, LADOUR, et qui signifie littéralement tisser DES PANIERS.

C'est une drôle d'image, n'est-ce pas ? Comment la comprendre ? En fait, pour la saisir, il faut imaginer comment se fabrique un panier : à partir d'une fondation, chaque nouvelle rangée du panier est accrochée à la précédente. Aucune rangée n'existe sans consolider à la fois celle qui lui a donné naissance et celle à qui elle donne naissance. Dans la pensée hébraïque, chaque génération est cousue à la précédente, et donne de la force à la suivante.

Alors en cet instant, j'aimerais exprimer ma gratitude à ces générations présentes, tout particulièrement à celles et ceux qui ont tissé (on pourrait aussi dire écrit) les premières lignes de cette histoire, les fondateurs et leurs familles (Daniel Farhi et sa famille, Colette Kessler et sa famille), les rabbins, les éducateurs, les administrateurs et les fidèles de nos communautés, des générations de bnei-mitsva qui ont tous en commun ici, de s'être à un moment donné abrité à l'ombre du grand homme que nous portons en terre aujourd'hui.

Depuis quelques jours, je ne compte pas le nombre de messages que j'ai lu, de témoignages d'hommes et de femmes que Roger a guidé à un moment ou un autre de leur vie, leur offrant un soutien ou une écoute. Il avait un talent pour conseiller, à nul autre pareil. Parce qu'il savait identifier immédiatement le cœur du problème et suggérer une clé de résolution qui la plupart du temps nous plaçait sur la bonne voie. Et je ne compte pas le nombre de fois où en quelques minutes de conversation téléphonique où je peinais à trouver le mot juste pour lui expliquer une situation que je rencontrais, lui en avait déjà saisi les enjeux et savait exactement quoi me dire.

Et parce que cet homme a su être pour tant d'entre nous une figure de guide et de pilier, parce qu'il a été cette figure « paternelle » bienveillante pour tant d'entre nous, alors ce matin, ceux à qui j'ai envie d'adresser la plus grande des gratitudes, c'est à sa famille : à son épouse Madeleine, à ses filles Sophie et Anne, et à ses petits-enfants Michael, Sarah et David, et leur dire tout simplement MERCI : merci de l'avoir partagé avec nous, pendant toutes ces années, merci d'avoir offert un peu de votre père et grand-père à ces mondes réunis ici et qui lui doivent tant.

Sophie et Anne, je sais l'immense fierté qui était la sienne d'être témoin de la relève que vous incarniez, d'être témoins de vos combats, de votre détermination et de vos engagements.

Je sais aussi le grand-père très présent qu'il a été pour cette nouvelle génération, celle de Mickaël, Sarah et David, un grand-père avec qui on peut parler politique ou football et qui restait imbattable au babyfoot, m'a-t-on dit.

Et Madeleine, laisse-moi te dire l'admiration que j'ai pour la façon dont tu l'as soutenu et dont tu as, à ses côtés, partagé comme pierre à pierre la construction de cet édifice, que nous honorons aujourd'hui. Ces derniers jours, ensemble, nous avons beaucoup parlé de ces moments précieux que la vie vous a permis de partager encore, jusqu'au tout dernier jour de Roger.

Tu m'as parlé de ce cadeau si particulier des ambulanciers et brancardiers d'Ambroise Paré. Ils savaient que vous étiez par hasard au même moment dans la même clinique pour des examens, et ont organisé le plus émouvant des rendez-vous, en vous faisant la surprise de vous faire prendre le même ascenseur. Et ces mains qui se touchent diront sans doute mieux que les mots tout ce qu'on pourra dire sur vous deux.

J'espère que tu ne m'en voudras pas de partager cela aujourd'hui avec tant de monde. Je pense qu'il est essentiel de raconter aussi ce Roger-là, pas juste le guide et le bâtisseur et le conseiller, mais aussi tout simplement l'homme empli d'amour pour les siens. L'homme qui a su au tout dernier jour de sa vie, m'as-tu dit, ouvrir encore les yeux pour vous regarder et vous murmurer dans un dernier souffle sa confiance en vous et sa fierté.

En vous entendant me raconter cela, je ne pouvais pas m'empêcher de penser à un midrash, une légende rabbinique que beaucoup d'entre vous connaissent :

On raconte que sur son lit de mort, Jacob, ce patriarche qu'on appelait aussi Israël, a réuni tous ses enfants pour leur transmettre une dernière bénédiction. Jacob avait besoin de savoir que son chemin allait se poursuivre à travers eux. Et ses enfants réunis ont alors prononcé les mots qui restent les plus célèbres de notre tradition. Au dernier jour de la vie de Jacob, ses enfants lui ont dit « SHEMA ISRAEL ADONAI ELOHENOU ADONAI EHAD » :

- SHEMA ISRAEL, écoute, notre père Israël,

- ADONAI, celui que tu nommes Dieu du nom d'Adonaï, que tu chéris plus que tout et à qui tu as consacré ta vie,

- ELOHENOU, ce dieu est aussi le nôtre,

- ADONAI, ton Dieu et le nôtre, ton combat et le nôtre, ton engagement et le nôtre,

- EHAD, ne sont qu'un.

Ce sont ces mots qu'en votre nom à tous, j'aimerais moi aussi adresser à votre père.

SHEMA, Écoute

ADONAI ELOHENOU, et sache que tes principes, la dignité et les valeurs qui ont guidé ta vie seront aussi les nôtres.

ADONAI EHAD, et viendra un jour où la puissance de ta génération, et l'engagement de la nôtre, tissée à l'espoir de ceux qui viendront ensuite, tout cela ne fera qu'UN.

Que la mémoire de Roger Benarrosh soit pour nous tous une bénédiction.


Delphine Horvilleur


Intervention de Félix Mosbacher

Chère famille, chers amis,

Notre peine est immense, comme l'ont ressenti tous ceux qui ont entendu chacun des intervenants au cimetière.

Nous sommes tous orphelins non seulement du Président Fondateur de notre MJLF - et élément essentiel des grandes institutions juives – mais avant tout d'un immense bâtisseur humaniste.

Malgré cette peine profonde, j'avoue ressentir aussi certaines consolations.

Celle d'avoir eu la chance de côtoyer cet être d'exception, un peu à titre privé et davantage comme militant actif du Mouvement, dont le temps d'une présidence.

Au-delà de l'énoncé des qualités de Roger, liste longue et pratiquement la même pour chaque intervenant, ce qui les rend encore plus exceptionnelles, c'est qu'elles coexistent rarement chez la même personne. Quelques exemples me semblent très parlants.

La rigueur morale et financière d'un Tésorier est relativement commune ; mais qu'elle aille de pair avec une Vision claire et ferme de l'essence du projet général est infiniment plus rare, et a contribué à pour beaucoup à la crédibilité et à l'impact incomparables de Roger dans toutes les Institutions concernées.

De même, la rigueur intellectuelle et éthique ne sont pas exceptionnelles en elles-mêmes, mais cohabitent rarement si merveilleusement avec la tolérance, le respect et la bienveillance vis-à-vis des autres ; là aussi nous avons pu observer, apprécier et admirer combien la combinaison de ces qualités assurait l'impact exceptionnel de Roger.

Enfin, c'est une consolation aussi, et surtout, de voir que l'héritage de Roger est assuré, notamment pour le MJLF et au-delà puisqu'une nouvelle et belle page, qu'il a soutenue, est en train de s'ouvrir avec l'ULIF, si importante pour l'avenir du judaïsme français.

Et l'héritage est assuré aussi aussi au niveau de sa famille : alors que souvent la grandeur et la force d'un leader risquent d'écraser un peu ses enfants, on ne peut pas dire que ce soit le cas pour Sophie et Anne, bien au contraire ! Là aussi, c'est la conjonction, plutôt inhabituelle de qualités de leadership et de souci du développement des êtres qui donne ce splendide résultat.

Pour finir, j'exprime ma reconnaissance à Madeleine, pour le soutien qu'elle a toujours apporté et apporte encore aujourd'hui. Elle nous aide aussi à atténuer notre peine.

Alors, oui, nous sommes orphelins, mais nantis d'un héritage formidable. Et je voudrais dire, en anglais parce que c'est plus facile :

God bless you all


Félix Mosbacher


Interventions de Paul Bernard

Obsèques de Roger Benarrosh
Cimetière parisien de Pantin, 5 juin 2019

Chère Madeleine, chère Anne, chère Sophie,

Si vous m'avez fait l'honneur et l'amitié de me demander de dire quelques mots en cet instant et en ce lieu, ce n'est évidemment pas pour exprimer quelque parole officielle. C'est pour apporter un témoignage intime et très humble qui sera en fait celui d'un enfant, né à peine plus d'un mois après le Mouvement juif libéral de France et qui, depuis, n'a jamais cessé d'y trouver, à toutes les étapes de sa vie, une sorte de seconde maison. A cet enfant –mais à d'autres personnes aussi, qui n'étaient pas toutes, loin s'en faut, des enfants- Roger Benarrosh inspirait deux sentiments qui ne sont contradictoires qu'en apparence : il impressionnait et il rassurait.

Je le dis avec une ingénuité qui trouvera, j'en suis sûr, un écho dans beaucoup de vos consciences : quand j'étais petit, et même un peu moins petit, Roger me faisait peur. Comme la justice fait peur, comme la droiture, comme la rigueur font peur -parce que l'on savait que rien n'échappait à la sûreté de son jugement et qu'il n'appréciait ni la complaisance ni l'approximation ni la dissimulation. Et, dans le même temps, être auprès de Roger, ou savoir simplement qu'il était là, qu'il était présent ou à portée de téléphone, c'était se sentir protégé. Ses conseils éclairaient le chemin de la vie, son attention encourageait les confidences (il écoutait avec les yeux), son humour –il aimait rire et il savait faire rire- teintait toute chose d'une forme de légèreté avertie, il avait cette générosité de l'esprit et du cœur propre à ceux qui savent que tout ce qui n'est pas donné est perdu. Et quand, à la synagogue, il arrivait, car cela arrivait, que Roger pose sa main sur mon front en murmurant : « Que Dieu te garde », je pensais qu'il y avait un peu plus de chance qu'alors en effet Dieu me garde.

Roger Benarrosh, en deux mots, c'était donc l'exigence et la bienveillance.

Ces deux mots-là, l'exigence et la bienveillance, pourraient définir aussi le Mouvement juif libéral de France qu'il a fondé il y a 42 ans avec Colette Kessler et avec le rabbin Daniel Farhi envers qui nous sommes nombreux ici à conserver une très grande dette spirituelle : le MJLF dont la porte s'est ouverte pour accueillir, en leur faisant confiance, des familles, la mienne et tant d'autres, devant lesquelles les autres portes communautaires restaient closes ; le MJLF qui a donné son unité à la vie juive de Roger Benarrosh et qui, aujourd'hui, affiche son unité autour de la mémoire de Roger Benarrosh. Merci aux rabbins Daniel Farhi, Delphine Horvilleur et Yann Boissière d'offrir à Roger et à son œuvre cette victoire sur la mort et de le faire à la veille d'une étape importante pour la cohésion du judaïsme libéral en France et donc pour l'avenir du judaïsme français.

Le judaïsme français, nous venons d'entendre ce matin avec quelle ardeur Roger Benarrosh l'a servi, au CRIF, à l'Alliance israélite universelle. Il l'a servi, là encore avec exigence et avec bienveillance, à la fois avec la conscience la plus aiguë de l'histoire, et d'une histoire souvent blessée, et avec la certitude que l'histoire ne suffit pas, que le passé ne suffit pas, qu'être juif en France, ce n'est pas seulement entretenir la mémoire -et Dieu sait qu'il le faut-, mais trouver sa place aujourd'hui et ne jamais désespérer de demain.

L'exigence et la bienveillance, c'est enfin ce que l'on a toujours trouvé dans la famille Benarrosh, autour de la table de shabbat ou du seder, ou dans le jardin de Montainville, chez Madeleine et Roger, où l'on était toujours si généreusement accueilli.

Madeleine, Anne, Sophie, Mickaël, Sarah, David, j'espère, nous espérons tous, que cette affection qui se manifeste ce matin autour de vous vous permet de mesurer à quel point vous êtes aimés. Nous voudrions vous donner la force et la patience de faire confiance au temps qui passera et qui fera son œuvre : le deuil, qui est une absence, laissera sa place au souvenir, qui est une présence.

Vous me pardonnerez de terminer ce propos par un témoignage personnel (vous me le pardonnerez dans l'exacte mesure où il exprime un sentiment que je sais unanime) : je voudrais vous lire, à vous, Madeleine, Anne, Sophie, Mickaël, Sarah et David, ce message que Roger avait écrit, il y a deux ans et demi, au jour de l'épreuve, à une famille endeuillée, et que je vous adresse ce matin, à mon tour : « Je ne trouve pas de mot qui ait un sens. Je vous embrasse avec toute mon affection. »

Paul Bernard


Cérémonie des tehilim à la mémoire de Roger Benarrosh

MJLF, 5 juin 2019

Me voici donc, de nouveau, grâce à l'affection et à la confiance de sa famille, amené à essayer de trouver les mots pour évoquer notre cher Roger Benarrosh. Ce matin, au cimetière de Pantin, j'ai tenté de retracer une part de sa vie publique ou plutôt d'évoquer certains traits de sa personne qui donnaient du relief à son engagement dans la communauté et dans la cité.

Mais ce soir, c'est différent : nous sommes, en quelque sorte, en famille. Et ce sont des souvenirs familiaux qui me viennent à l'esprit. Il y a 29 ans, le 7 juillet 1990, à cette place exactement, sous le regard de Roger et Madeleine, qui étaient, comme toujours, assis là, je célébrais ma bar-mitzva. Comme c'est l'usage, j'avais terminé ma drasha en remerciant ceux à qui je devais d'être ici. La liste n'était pas longue (ce qui était un signe de pudeur et non pas d'ingratitude). J'avais dit merci à mon père et à ma mère, bien sûr, à mes sœurs, à mon frère, à mes grands-parents, les présents et les absents, aux professeurs du talmud tora et au rabbin Daniel Farhi. Et puis j'avais ajouté –je cite de mémoire mais je suis sûr que ma mémoire sur ce point ne me trahit pas : « Merci aux familles Benarrosh et Kessler qui sont pour moi et pour tous les miens un modèle de vie familiale dans le judaïsme libéral et, qu'ils me permettent de le dire, des amis. » Je ne m'attarderai pas sur ce rapprochement, dans la gratitude et dans l'affection, entre les familles Benarrosh et Kessler – même si je sais tout le sens dont sauront le charger ceux qui aiment cette maison.

Mais je voudrais tenter de dire en quoi la famille Benarrosh m'apparaît, en effet, comme un modèle de vie familiale dans le judaïsme libéral. Autour de la table du seder de Rosh Hashana ou de Pessah, chez les Benarrosh, rue de Varize, régnait l'attachement à la tradition –je veux dire le sentiment que la valeur d'un rite, la beauté d'un chant, le sens d'une prière étaient plus profonds encore s'ils ranimaient une certaine odeur du temps et s'ils éveillaient l'écho de l'enfance : dans ces moments-là on voyait bien que, dans le regard de Roger, passaient la lumière du Maroc et les sourires de ses parents. Et, dans le même temps, il y avait là une liberté totale de pensée, d'esprit, de ton, de parole. Il y avait aussi une capacité d'accueillir les autres simplement, avec tant de délicatesse que même les plus timides surmontaient vite le scrupule de l'invité, de celui qui craint d'être de trop.

Cette hospitalité avait un visage : celui de Madeleine. Je n'offenserai pas ce soir sa discrétion. Mais il m'arrive de regretter que cette discrétion-même empêche parfois l'évidence de ses vertus d'apparaître aux yeux de tous. Ses vertus, ce sont la droiture, le cœur, mais aussi une forme rare d'attention envers les plus faibles. Je me rappelle notamment avec quelle simplicité Madeleine parlait toujours de son métier très dur, de la difficulté et du bonheur d'enseigner le français à des enfants malades. Elle évoquait ce travail comme la chose la plus évidente, la plus naturelle, presque la plus banale : oui, il y a chez Madeleine, si je peux faire écho à l'illustre formule, une sorte de banalité du bien, ou pour parler plus simplement une modestie que je ne crois pas avoir souvent vue ailleurs.

La famille de Roger, c'est Madeleine, bien sûr. Ce sont ses filles, leurs filles, Anne et Sophie. Anne, dont la sagesse et la douceur semblent avoir le pouvoir de rendre meilleurs ceux que tu approches, de nombreux souvenirs affleurent, au premier rang desquels le soir de ton mariage avec Laurent, en juin 1994. Les danses de ce dimanche soir de début d'été n'avaient été suspendues qu'un moment, le temps d'écouter les résultats des élections européennes. Nous n'avons pas oublié ton sourire de ce jour-là et il rayonne toujours. Et Sophie… Sophie, j'aurais tant à te dire, comme nous tous. Je te revois veillant sur cette communauté, dirigeant aussi les équipes qui assuraient la sécurité de nos offices de Rosh Hashana et de Kippour, en donnant à chacun le sentiment qu'il était protégé. Je te revois me préparant à ma bar mitzva, avec l'attention et la patience d'une grande sœur. Sophie, tu sais combien nous admirons tous non seulement ton courage mais la faculté que tu as d'aller chercher au fond des épreuves elles-mêmes l'occasion d'apprendre et la force de te redresser, en laissant toujours l'impression que le malheur ne te sépare pas des autres mais te rapproche d'eux au contraire.

Anne et Sophie, vous avez donné à vos parents ce qui, je crois pouvoir le dire, les a le plus profondément comblés : leurs petits-enfants. Sachez-le, Mickaël, Sarah et David : quand votre grand-père parlait de vous –et c'était souvent- il était fier, bien sûr (comment ne l'aurait-il pas été ?) mais surtout il était –je crois que c'est le mot juste- il était calme. Comme si votre venue au monde et le bonheur de vous voir grandir l'avaient réconcilié avec lui-même et lui avaient apporté la paix intérieure qu'il avait toujours cherchée. En l'entendant parler de vous, j'ai plus d'une fois pensé au dernier verset du Psaume 128 de David : « Puisses-tu voir les enfants de tes enfants, paix sur Israël. »

Mais que son épouse, ses enfants et ses petits-enfants me pardonnent de les inviter à partager (et je sais qu'ils le font bien volontiers) : la famille de Roger, sa grande famille, c'est aussi le MJLF. Il ne l'a pas seulement fondé. Il l'a présidé pendant douze années pour en faire une grande et belle communauté. Et le résultat, nous le voyons. Depuis 42 ans, le MJLF est là. Avec d'autres, et notamment avec l'ULIF, il est là pour dire « Ineni », « Me voici », à ceux, et ils sont nombreux, qui refusent de réduire le judaïsme à une conception trop étroitement ethnique ou exclusivement ritualiste. Il est là pour ceux qui croient que ce que le judaïsme a de plus particulier, c'est son universalité. Il est là pour accueillir les femmes qui n'acceptent pas d'être écartées de l'étude ou de la prière pour la seule raison qu'elles sont des femmes. Il est là pour affirmer les droits inaliénables de l'esprit contre les droits aliénants du sang et contre l'enfermement mortifère de la lettre. Il est là, en somme, pour attester que l'on peut être juif modéré sans être modérément juif.

Comme ce matin à Pantin, c'est le témoignage d'un enfant du MJLF que je vous livre ce soir, en exprimant le réconfort et la fierté que j'ai, que nous avons, à voir, avec nos rabbins Delphine Horvilleur, Yann Boissière et Floriane Chinsky, notre communauté aborder maintenant de nouveaux rivages, relever de nouveaux défis, au premier rang desquels, à travers le rapprochement avec l'ULIF, l'unité du judaïsme libéral français.

Nous sommes ici au point de rencontre du passé et de l'avenir et la mémoire de Roger nous invite à regarder vers l'avant, sans crainte : qu'est-ce que la crainte, sinon douter de soi-même ? Nous n'avons pas à douter de nous-mêmes, nous avons à avancer. Et si je n'ai qu'un vœu à formuler ce soir, dans la fidélité aux convictions de Roger, qu'il a exprimées notamment dans la postface qu'il a donnée en 2009 à l'Anthologie du judaïsme libéral, c'est que nous osions tout entreprendre pour que le mouvement libéral ne redoute jamais de se revendiquer comme ce qu'il est : non pas une espèce altérée ou atténuée de religion, mais un courant du judaïsme religieux, fidèle à la parole universelle et émancipatrice des prophètes. C'est ainsi, je crois, que nous serons le plus exactement dignes de la mémoire de Roger Benarrosh : en veillant, chaque jour et chacun à sa manière, à ce que le judaïsme, de tout son cœur, de toute son âme et de tout son pouvoir, rejette l'intolérance, le racisme, la superstition, l'étroitesse d'esprit, et qu'ainsi il demeure une part vraiment vivante de la conscience et de la vie.

Paul Bernard



Aujourd'hui, 5 juin, sous un ciel de larmes nous avons accompagné Roger Benarrosh dans sa dernière demeure. Nous étions aux côtés de Madeleine sa femme, de Sophie et Anne ses filles, de Mickaël, Sarah et David ses petits-enfants.


Nous publierons sous peu les discours des différentes personnalités présentes.


Les tehilim seront dites à Beaugrenelle ce soir à 18h30 et demain à 19h.


Gad Weil
Président



Aujourd'hui 2 juin 2019 devrait être un jour d'allégresse puisque c'est le jour du 42e anniversaire de la création du MJLF.

C'est pourtant un jour de grande tristesse puisque je partage avec vous l'annonce du décès de notre Président fondateur Roger Benarrosh.

Nous publierons dans les jours prochains un portrait complet de cette personnalité hors du commun.

Pour l'instant je vous propose de nous recueillir collectivement, de soutenir sa famille, d'être présents pour ceux qui le peuvent et le souhaitent mercredi 5 juin à 11h au cimetière parisien de Pantin où se dérouleront ses obsèques.

Ensuite viendront le temps des shivoth, et le temps que nous exprimions notre reconnaissance pour son œuvre et son travail inlassable au service du judaïsme.



Roger BENARROSH

• Officier de la Légion d 'Honneur,
• Chevalier de l'Ordre National du Mérite,
• Expert-honoraire près la Cour d'Appel,
• Président fondateur du Mouvement Juif Libéral de France,
• Vice-Président d'Honneur du CRIF,
• Vice-Président de l'Alliance Israélite Universelle.

Né le 2 janvier 1934 à Meknes (Maroc),
Décédé le 1er juin 2019, veille du 42e anniversaire du MJLF qu'il a co-fondé.

Les Conseils d'Adminsitration du MJLF et du CC-MJLF,
les rabbins Yann Boissière, Floriane Chinsky et Delphine Horvilleur,
l'équipe du MJLF, les bénévoles et l'ensemble de nos membres
se joignent à moi pour souhaiter à Madeleine, sa femme, à Sophie et à Anne, ses filles, à Mickaël, à Sarah et à David, ses trois petits-enfants, ainsi qu'à toute sa famille :

Hamakom yenahem etkhem betokh shear aveley Tsion viYroushalaïm

Gad Weil
Président