Le Judaïca Corner du rabbin Yann Boissière

Les mercredi 15, 22 et 29 mars de 20h à 21h45 à Beaugrenelle


Cycle de trois conférences sur le thème : « Le judaïsme a-t-il une pensée politique ? »


Présentation générale :

Une certaine vulgate, aussi cavalière que biaisée, affirme que le judaïsme n'a pas de pensée politique. Les accomplissements de la pensée grecque, au nombre desquels figurent l'invention de la démocratie, comptent sans doute beaucoup dans cette occultation de la vision hébraïque – il faudrait certainement lui ajouter le déni de la Loi juive, dont la théologie catholique pré-Vatican II a fait un usage répétitif.

Mais, si tout cela a bien entendu été démenti par les retrouvailles du peuple juif avec la souveraineté politique par le biais du sionisme, puis de la création de l'État d'Israël, ce n'est pas par hasard ! Puissance et persistance du rêve, imprégnation bimillénaire de toutes les « années prochaines à Jérusalem », mais bien évidemment aussi, une très ancienne et puissante pensée du politique et de ses phénomènes fondamentaux : fraternité, pluralité humaine, intérêts et dangers du pouvoir, puissance du collectif, facilité du totalitarisme, liberté !

« Il se pourrait que nous ne soyons plus jamais capables de comprendre les choses que nous sommes capables de faire », pronostiquait Hannah Arendt à l'orée du 20e siècle.

Avec ce cours, nous faisons le pari que la vision hébraïque nous ouvre quelques horizons !

■ 1er cours : mercredi 15 mars : « Fuyons la théocratie ! - le politique dans la Bible »

Le judaïsme, vecteur de l'élévation vers Dieu, a réussi ce prodige de ne jamais verser dans la théocratie – et encore moins de le souhaiter !

À cet égard, la Bible pose le problème politique de manière totalement originale, notamment par rapport à la philosophie grecque. Les buts de la Cité, à savoir la perfection et la félicité humaine, ne passent pas, comme chez Platon et Aristote, par l'accomplissement de la raison. Non que la Bible s'y oppose, mais elle n'en fait pas son thème premier de réflexion. Elle consacre en revanche une attention particulière à la poursuite de la fraternité humaine et de la justice, ainsi qu'aux dangers possibles du collectif qui, comme dans l'épisode de la Tour de Babel, peut rapidement tourner au totalitarisme.

Par ailleurs, qu'il s'agisse de Lévi et de Juda, ou de Moïse et d'Aaron, la Bible pose avec vigueur un certain nombre de distinctions fondamentales et fécondes au sein de l'expérience politique.

Retour en arrière, pour mieux voir en avant !

■ 2e cours : mercredi 22 mars : « Haro sur la Loi ! Comment le judaïsme a résisté »

Vers le 16e siècle, l'Homme se fixe pour objectif de dominer la nature : c'est le projet moderne.

Les cieux paraissent soudain lointains, moins utiles – quant à l'idée qu'une Cité digne de ce nom doive leur emprunter ses vérités immuables, Machiavel était déjà passé par là… Monde désenchanté que celui du Prince, mais quand après les guerres de Religion, puis Descartes, puis Hobbes, on en conclut que la Loi est devenue dangereuse parce qu'elle ancre ses prescriptions dans la parole divine ; la mauvaise querelle de Spinoza suffira à nier définitivement toute pertinence à la vision hébraïque du politique. En termes savants, on parlera ici de la fin du modèle théologico-politique.

Et justement : à l'heure où celui-ci, dévoyé, frappe violemment nos sociétés, n'est-il pas crucial d'en étudier les grandeurs imaginées par nos sages (dont Maïmonide), les lumières d'avant les « Lumières » ? La Loi ennemie de la liberté ? Nous affirmons au contraire qu'elle en approfondit les possibilités !

■ 3e cours : mercredi 29 mars : « Sionisme, judaïsme et laïcité - Questions actuelles »

Le sionisme a frappé très fort ; il a signifié, à tous et sur la scène de l'Histoire, l'inanité de la thèse selon laquelle judaïsme et politique étaient profondément étrangers l'un à l'autre. Retour d'une souveraineté politique du peuple juif sur « sa », sur « une » terre ? Peuple, état, terre… : c'est ici que les choses se corsent – et deviennent intéressantes !

Nous étudierons d'une part la signification de ce retour fracassant au politique – et les questions qu'il pose ; mais aussi, ici, en France, le lien du judaïsme avec l'idée de laïcité. Nous n'irons pas jusqu'à affirmer que le judaïsme a inventé la laïcité, mais son appétence est telle avec l'approche laïque qu'il a sans doute vocation – ce sera notre thèse – à éclairer les problèmes qui se posent à nous, aujourd'hui, dans notre société.

Dieu serait-il laïc ?

Contribution : 20 € le cours (10 € pour les membres cotisants du MJLF).