Drasha Vayigash (15.12.18 - RK)

Vayigash - Dialogue et réconciliation


Bonjour à tous,

Je vais vous parler ce matin de la parasha Vayigash, qui signifie " Qui s'avança, qui s'approcha " et que nous lisons cette semaine dans toutes les synagogues du monde.
La parasha se situe dans le livre Bereshith, premier livre de la Torah, et raconte la réconciliation de Joseph et ses frères suite à la vente de Joseph par ces mêmes frères et son exil en Égypte. La parasha débute au moment où Joseph qui a reconnu ses frères qu'il n'avait pas vus depuis plus de vingt ans, les convoque et teste leur sincérité et honnêteté afin de décider d'une possible réconciliation.

C'est d'ailleurs la première parasha depuis Bereshith dans laquelle une dispute entre frères est suivie par une réconciliation, et cette parasha m'a tout de suite inspiré car elle parle de disputes entre frères (et nous sommes trois frères !) et la façon dont le dialogue mène à la réconciliation.


Avant que je vous parle de ce que j'en ai tiré, revenons déjà sur le contexte et l'histoire.

Jacob, le père, a eu douze fils, de quatre femmes différentes. Joseph et Benjamin sont les deux derniers fils de Jacob, qu'il a eus avec Rachel, la femme qu'il aimait et qu'il a voulu épouser dès leur première rencontre.

Quand ils étaient jeunes, Joseph et ses frères ne s'entendaient pas. Joseph était le préféré de son père et il en profitait pour dire du mal de ses frères et se mettre en avant.
D'ailleurs on peut se poser la question de conséquences sur les relations entre frères et sœurs de parents qui montrent ou ont montré une préférence pour l'un de leurs enfants. Mais c'est un autre sujet !

Pour toutes ces raisons, ses frères ont développé un sentiment de jalousie et même de haine, à tel point qu'ils ont voulu le tuer, mais Juda, l'un des aînés des frères, proposa plutôt de vendre Joseph à des marchands d'esclaves.
Et c'est ainsi qu'il se retrouva en Égypte, au service d'un officier du Pharaon.

Durant des années, Joseph a été tour à tour esclave, serviteur, prisonnier, puis grâce au don qu'il avait d'analyser les rêves, il devint Premier Ministre de Pharaon.

C'est à ce moment, que ses frères viennent en Égypte car il y a une grosse famine en terre de Canaan et ils souhaitent acheter du blé au Premier Ministre, sans savoir bien entendu qu'il s'agit de Joseph, le frère qu'ils avaient vendu.

Là on pourrait se croire dans un film américain car :
Joseph reconnaît immédiatement ses frères mais il décide de ne pas leur dire et de tester leur sincérité et leur honnêteté à plusieurs reprises :
- Tout d'abord, il les accuse d'être espions et les emprisonne en leur promettant la liberté contre la venue en Égypte de leur frère Benjamin. Je pense ici que Joseph teste la fratrie restante afin de savoir s'ils vendront Benjamin contre leur liberté, comme ils avaient vendu Joseph des années auparavant ?
- Ensuite, une fois Benjamin en Égypte, Joseph le fait accuser à tort de vol. C'est encore un test de sincérité pour Juda, qui responsable de Benjamin auprès de leur père, trouve les mots et les arguments pour prendre la place de Benjamin en prison.

Les épreuves sont passées avec succès, et Joseph, convaincu de leur sincérité demande à se retrouver seul avec ses frères et il leur révèle sa véritable identité.
Il les assure de son pardon et de ses sentiments bienveillants, sans volonté de vengeance.
Il leur demande alors de ramener leur père et sa tribu afin qu'ils se retrouvent et s'établissent en terre de Goshen, sur laquelle les Hébreux vont rester.

Une happy end américaine ? Oui, mais avec de nombreux enseignements.


Cette parasha m'a fait comprendre que les réconciliations sont toujours possibles d'une part si tout le monde le veut, et d'autre part, après des réflexions personnelles et collectives, notamment par la parole et des discussions :
- Joseph a fait le premier pas car il se rend compte que ses frères regrettent sincèrement ce qu'ils lui ont fait des années plus tôt.
- il y a ensuite une conversation longue entre Juda et Joseph. Ce dialogue est d'ailleurs le plus long dialogue de toute la Torah. La Torah nous enseigne la nécessité de se parler, et la nécessité de laisser du temps au dialogue.
- Enfin, la parasha nous apprend à " Aller vers l'autre " : c'est le sens du mot Vayigash (il s'avança, il s'approcha). Aller vers l'autre, c'est le reconnaître dans ce qu'il est.


Cette parasha me parle beaucoup et m'interpelle aujourd'hui car, comme Joseph j'ai des frères, (...), et souvent je me pose la question des disputes et des réconciliations.
Comme tous les frères et sœurs, on se dispute ! Pour une partie de Fortnite, un match de tennis, pour une place dans la voiture, un câlin avec maman, ...Mais ce n'est pas pour cela que j'ai envie de les vendre, même pour un peu d'argent.
Souvent, on ne reste pas fâchés très longtemps, car comme Joseph et ses frères, l'un de nous, souvent moi :), fait le 1er pas et pardonne vite. En fait, je me rends compte que lorsque mes frères ne sont pas là, ils me manquent et je préfère les accepter comme ils sont, avec leurs qualités et leur défauts plutôt que de me fâcher très longtemps.

Maintenant que je suis Bar-Mitsva, je me dis juste une chose : les disputes c'est normal, mais j'espère qu'en grandissant, on sera toujours capable de se parler se pardonner, se réconcilier et se disputer !

Peut-être que ma première mission en tant que Bar-Mitzva, c'est de vous faire tous réfléchir à ceux avec qui vous pouvez vous réconcilier : un frère, une sœur, ou quelqu'un de proche.
Profitez de cette parasha pour vous demander si vous ne pouvez pas effacer, ou oublier une dispute, si vous pouvez faire le 1er pas. J'imagine qu'ils n'ont pas fait pire que de vous vendre à des marchands d'esclaves quand même !


Shabbath shalom à tous !