Drasha Vayeshev (09.12.17 - NM)

Vayeshev - " Joseph et ses frères "


Parmi tous les thèmes de la parasha, j'ai choisi celui du rapport entre Joseph et ses frères étant donné que c'est un thème actuel, que l'on peut retrouver dans de nombreuses familles.
Jacob préfère Joseph à ses 12 autres enfants, car c'est l'enfant qu'il a eu avec la femme qu'il désirait le plus et que celle-ci meurt jeune, laissant Joseph orphelin. Joseph joue de cette situation, et fait tout pour entretenir ce statut auprès de son père, ce qui envenime la jalousie déjà naissante de ses frères. Ne pouvant plus supporter cette situation ils vont envisager une décision extrême, celle de l'assassiner. Seuls deux de ses frères, Ruben l'aîné et Juda, s'y opposent. Pour s'en séparer, mais ne pas le tuer, ils le vendent comme esclave.

La jalousie dans la fratrie est un sujet récurrent dans la Torah car il concerne la famille, et que chacun, encore aujourd'hui, peut se reconnaître dans la complexité de ces relations.
A la lecture de la parasha, nous pouvons tout d'abord nous demander quelle fut la responsabilité de Jacob dans ce conflit familial.
Pour autant, Joseph n'a-t-il pas attisé la jalousie de ses frères par son caractère provoquant et quel rôle a-t-il joué ?
Pour finir, peut-on imaginer que ce drame aurait pu être évité si ses frères avaient eu une attitude plus indulgente à l'égard de Joseph.

Pourquoi Jacob favorisait-il Joseph ?

Monsieur Morgenstern nous dit que « Jacob aimait Joseph plus que les autres car son fils était malheureux », nous comprenons qu'il voulait sans doute compenser le vide laissé par sa mère disparue. Par ailleurs, Rabi Juda pense que « Jacob a peut-être favorisé Joseph car ils se ressemblaient » et Rabi Nehemia nous indique que Jacob le préférait car « c'est avec lui qu'il a passé le plus de temps à enseigner les fondements de la tradition ». Sans doute Jacob s'est-il senti flatté d'avoir un fils si assidu à ses enseignements et met en évidence la complicité innée et non-contrôlable qu'un parent peut avoir avec l'un ou l'autre de ses enfants.

La responsabilité de Jacob ne s'arrête peut-être pas à son attitude vis-à-vis de Joseph.
En effet, ses frères ne sont pas responsables du fait que leur père aimait sans doute moins leur(s) mère(s) et l'on peut considérer qu'ils sont aussi un peu victimes de cette situation.
Pour autant Jacob aurait-il dû cacher l'amour particulier qu'il avait pour son fils Joseph, au risque de le rendre plus malheureux ? Peut-on d'ailleurs considérer que les traits de caractères de Joseph ont particulièrement aidé à nourrir la jalousie de ses frères ?

Certains commentateurs bibliques affirment que Joseph était trop gâté et loué par Jacob, ce qui l'a rendu vaniteux et arrogant. Sans doute Joseph joue-t-il de la situation et aurait dû être plus humble dans sa relation avec ses frères.

Cependant, d'autres commentateurs de la Bible tendent à l'excuser en évoquant son âge, 17 ans et son manque de maturité. Ainsi, Rashi raconte que Joseph prenait n'importe quel prétexte pour dire du mal de ses frères à leur père.

On peut aussi se demander si Joseph n'est pas comme ça parce qu'il a perdu sa mère si jeune et se sentait exclu du clan familial. Ainsi, Elie Wiesel pense que « s'il mentait à son père à propos de ses frères, c'est parce qu'il se sentait rejeté par eux et espérait qu'en les dénigrant Jacob ne l'en aimerait que plus ».

Qu'en est-il d'ailleurs de l'attitude des frères de Joseph : aurait-elle pu être différente et éviter ce drame ?
Elie Wiesel pense « qu'ils auraient dû montrer de la pitié pour leur frère cadet orphelin dont la mère est morte de façon tragique. Au lieu de cela ils accablaient leur frère, le harcelaient et l'excluaient du clan familial ». D'autres commentateurs bibliques nous disent « que ses frères ne tiennent pas compte de ses sentiments de jeune garçon peureux et isolé ».
Si ses frères ont été jusqu'à vouloir tuer Joseph, cela signifie-t-il qu'être frères n'imposait pas forcément de s'aimer ? Ainsi, dans l'histoire de cette parasha , fratrie ne veut-il pas forcément dire « mettre l'amour entre frères au-dessus de tout conflit ».

Revenons à Ruben et Juda, qui sont plus modérés : la relation entre frères avec Joseph existe car ils refusent de le tuer. Pour autant ils veulent quand même se venger en le vendant comme esclave. On peut imaginer que c'est aussi un moyen pour eux de ramener la paix dans la fratrie en se débarrassant en quelque sorte du problème plutôt qu'en essayant de le régler.

Sans doute, on peut imaginer que ce drame aurait pu être évité s'ils s'étaient tous exprimés de façon égale auprès de leur père et avaient parlé ouvertement en famille de cette situation pour tenter de la résoudre, plutôt que de penser à cet acte extrême. Le rôle des aînés dans ce cas n'est-il pas d'ailleurs d'organiser cette parole ?


Si nous devions transposer de nos jours la problématique de la jalousie dans la fratrie :

Ce n'est pas la première fois qu'on aborde ce thème dans la Torah, par exemple avec l'histoire de Caïn qui tue son frère Abel par jalousie.

Joseph et ses frères sont demi-frères, comme cela existe aussi de nos jours encore dans de nombreuses fratries, non plus par la polygamie comme à l'époque de Joseph mais parce que nos mœurs ont évolué et que nous formons de plus en plus de familles recomposées. Cependant, nous sommes tous en tant qu'enfant issus d'un couple qui s'aime, pas comme Jacob à l'époque qui avait épousé plusieurs femmes dont une qu'il préférait aux autres. Ainsi chaque frère et sœur se sent de nos jours en principe, désiré et aimé et cela entraîne moins de haine et de jalousie entre eux.

Bien sûr, tout comme pour Jacob, le rôle des parents est important dans une famille recomposée. Les enfants sont victimes de la séparation entre leurs parents, c'est donc aux parents de la famille recomposée de faire en sorte que les frères et sœurs s'entendent bien.

Je pense qu'il est aussi important que chaque enfant de la famille recomposée conserve le lien avec son parent absent pour ne pas ressentir de manque et ainsi se retrouver plus « choyé » que les autres, comme l'a été Joseph par son père.


Par ailleurs, nous pouvons réfléchir sur la façon dont les relations et l'amour entre frères et sœurs s'expriment de nos jours ?

Pour moi être frère c'est un lien fort car c'est la chair de ma chair, nous pouvons n'avoir que le même père ou la même mère, mais je les aime comme si nous avions nos deux parents en commun.

Cependant être frères ne se suffit pas : c'est un lien familial qui doit aussi s'entretenir par des moments en famille et des activités partagées. Sinon, tu deviens moins proche, tu as moins de complicité.
Cela signifie aussi qu'en cas de désaccord, si tu es proche de tes frères tu vas plus ouvrir le dialogue et en parler pour résoudre le problème. On peut supposer que c'est ce qui a manqué à Joseph et ses frères : ils ont réglé le problème de la jalousie dans la fratrie, tout comme Caïn, en se débarrassant de leur frère et non pas en dialoguant.
Il est donc essentiel, dans nos familles recomposées ou pas, de maintenir le lien et le partage entre frères et sœurs.

J'ai choisi ce thème parce qu'il met en évidence que les rapports humains au sein d'une même famille sont complexes.
Pour qu'il n'y ait pas de problème de jalousie, de favoritisme et que chacun trouve sa place, chaque membre de la famille a son rôle à jouer :
Tout d'abord les parents doivent faire en sorte qu'il n'y ait pas de jalousie.
Ensuite, les frères et sœurs ne doivent pas se provoquer entre eux
Enfin, la famille doit se réunir souvent et partager des moments ensemble pour que la relations entre ses membres reste solide et vraie. Ce qui est d'ailleurs un des piliers de la religion juive avec toutes les fêtes qui rassemblent régulièrement notre famille et les shabbath qui nous permettent de nous retrouver ensemble chaque semaine.