Drasha Vayéshev (01.12.18 - JR)

Vayéshev - La femme de Putiphar. Trahison, vengeance et préjugés.


Bonjour à tous,


Après avoir été vendu à des Ismaélites par ses frères, Joseph devient l'esclave de Putiphar, le chef des gardes de Pharaon.
L'épouse de Putiphar fait des avances à Joseph, qui ne cède pas.
Cette résistance vexe l'épouse, qui se venge en accusant Joseph d'agression sexuelle.
Joseph est envoyé en prison à la Rotonde. Il devient le favori du gouverneur de la prison et sera responsable de gérer les autres prisonniers.
A l'occasion du passage de prisonniers de marque, proches du Pharaon, Joseph se distinguera en interprétant leurs rêves prémonitoires avec justesse.


Pour mon commentaire, j'ai choisi de réfléchir à l'acte de trahison et de vengeance de la femme de Putiphar.


La femme de Putiphar croit pouvoir séduire Joseph, mais comme il refuse elle se venge en sachant très bien que c'est elle qu'on croira.
Pourtant, Joseph n'a rien fait de mal, au contraire même puisqu'il a toujours repoussé les avances de la femme de son maître. Non seulement il est parfaitement loyal vis-à-vis de Putiphar, mais aussi suffisamment discret pour ne pas parler à son maître des avances que lui fait sa femme.
Mais malgré sa conduite irréprochable, lorsqu'il est accusé, on croit la femme de Putiphar, uniquement car c'est la femme de Putiphar. Sa parole a plus de poids que celle de Joseph de par leurs positions sociales respectives. C'est donc elle qui a le pouvoir et elle en abuse.
Joseph n'aura aucun argument pour se défendre. Il avait pourtant toute la considération et la confiance de Putiphar.
Ce qui m'amène à dire que si les pauvres serviteurs avaient été mieux considérés, peut-être que Joseph aurait eu une chance de s'en tirer.
Je crois que tout le monde devrait avoir les mêmes chances de pouvoir se défendre et d'être cru. Il n'y a pas de raison de croire davantage quelqu'un parce qu'il a du pouvoir ou de l'argent.
Nos opinions ou nos jugements sont altérés par nos préjugés, les idées toutes faites qu'on peut avoir sur les gens ou les situations.


Mais il n'y a pas que les préjugés qui font qu'on ne voit pas la vérité.
Parfois on ne veut pas voir ou savoir la vérité, car la réalité blesse. Il est sans doute plus simple pour Putiphar de penser que Joseph, en qui il avait toute confiance, a voulu abuser de sa femme, plutôt que de penser que c'est sa femme qui est fautive. Comprendre cette vérité-là serait trop douloureux sans doute pour Putiphar, remettrait en question trop de choses, et gâcherait très certainement l'amour qu'il a pour sa femme.


On peut remarquer que le texte ne mentionne aucune réaction de la part de Joseph. Il ne se défend pas. Comme s'il acceptait son sort, comme s'il savait qu'il n'y avait de toute façon rien à dire ou à faire car on ne le croirait pas.
Pourtant, je pense qu'il aurait dû essayer de se défendre. Car je crois qu'il ne faut pas penser d'avance que tout est perdu, mais essayer même si la situation semble offrir peu de chances de réussite.
Mais on pourrait aussi considérer que Joseph a jugé inutile de perdre son énergie en une argumentation qui ne servirait à rien. Il saura en revanche, dès que la situation lui sera plus favorable, en tirer parti : devenir l'homme de confiance du geôlier de la prison, puis après avoir interprété les rêves des maîtres échanson et panetier, leur dire qu'ils parlent de lui à Pharaon.
Il est essentiel de ne jamais baisser les bras. Mais peut-être faut-il aussi savoir qu'il y a des moments où il est inutile de se battre. Et que mieux vaut utiliser son énergie au bon moment et à bon escient. C'est ce que saura faire Joseph, ce qui lui permettra non seulement de sortir de prison, mais de devenir le bras droit de Pharaon. Qui eût cru qu'un pauvre esclave hébreu deviendrait premier ministre du plus grand roi de l'époque ? Les préjugés en prennent un coup !


Pour terminer j'ai une question à vous poser: Quelqu'un sait-il quel est le nom de la femme de Putiphar ?
Tout au long de ce passage son nom n'est jamais mentionné. On ne la désigne pas non plus par un métier, comme d'autres personnes du texte. Elle est "Femme de Putiphar".
J'ai appris que chez certaines personnes en France, on écrit encore: Monsieur et Madame, suivi du prénom et du nom du mari. Je pense que cela alimente d'autres préjugés cette fois , qui concernent l'inégalité entre les hommes et les femmes.
Je suis heureux et fier de célébrer ma Bar-Mitsva dans une synagogue où l'égalité entre hommes et femmes est une réalité.
Certes mon co-célébrant est un garçon, et le rabbin officiant est un homme. Mais le rabbin officiant aurait pu être une femme, et mon co-célébrant une fille. Nous nous serions tenus sur la téva exactement de la même manière et aurions lu tous les deux dans la Torah à l'identique.
Je pense que , pour qu'elle soit réelle, l'égalité devrait davantage se traduire dans la vie de tous les jours.



Shabbath shalom à tous