Drasha Vaéra (13.01.18 - RS)

Vaéra - " Le libre-arbitre "


La parasha Vaéra annonce la sortie d'Egypte des Hébreux.
Elle commence par une discussion entre Dieu et Moïse, dans laquelle, Dieu présente à Moise le déroulement des événements qui vont se produire.
Au commencement de la parasha, Dieu dit à Moïse d'aller voir les Hébreux pour leur annoncer qu'il va les sauver, en les faisant sortir d'Égypte.
Mais, ces derniers ne le croient pas.
Alors, Dieu dit à Moïse d'aller voir Pharaon.
Mais, Moïse craint que Pharaon ne l'écoute pas, et pense qu'il n'est pas capable d'aller lui parler, car il n'est pas maître de ses paroles, il bégaye.
Afin que Moïse prenne confiance, Dieu lui dit qu'il sera à ses côtés, et que Aaron sera son porte-parole.
Moïse sera l'égal de Pharaon et le cœur de Pharaon sera endurci, ce qui l'amènera à refuser de laisser partir les Hébreux d'Égypte :
Et effectivement, Pharaon fait preuve d'arrogance et dit :
« Quel est cet Éternel dont je dois écouter la parole en laissant partir Israël ? Je ne connais point l'Éternel et […] je ne renverrai point Israël ».
C'est alors que Dieu déclenche les sept premières, des dix plaies, sur la terre d'Égypte, pour impressionner les Égyptiens mais aussi les Hébreux, afin que tous reconnaissent sa puissance.
A partir de la deuxième plaie, Pharaon promet de laisser partir les Hébreux, si Moïse demande à Dieu d'arrêter les malheurs qui s'abattent sur son peuple et sur sa terre.
Mais Pharaon ne tient pas sa promesse. Cela illustre l'endurcissement de son cœur.
Cet événement nous amène à nous poser la question du Libre Arbitre, c'est-à-dire, la capacité à penser et à agir par soi-même.
Pourtant, il semble que ce soit Dieu lui-même qui endurcisse le cœur de Pharaon quand il dit : « Pour moi, j'endurcirai le cœur de Pharaon et je multiplierai mes signes et mes preuves de puissance dans le pays d'Égypte ».
Dieu paraît donc punir l'orgueil de Pharaon.
Pour Maïmonide, dans les « 8 chapitres », Dieu enlève parfois la possibilité de se repentir. C'est une punition. Car « les portes de la téshouva sont fermées aux méchants ».


Cette parasha présente un message complexe.
On peut penser que Pharaon ne représente pas le mal, l'ennemi, mais une partie de nous, les êtres humains.
Nous avons tous des penchants, yetser ha ra ou yetser ha tov ; mauvais ou bons penchants.
Comme le dit Maïmonide « Personne n'est intrinsèquement bon ou mauvais ».
Dans la Torah, dès Bereshith - le livre de la Genèse, l'être humain est présenté comme doté de libre arbitre.
Il trouve sa première expression avec Adam et Ève.
Mais, si c'est Dieu qui endurcit le cœur de Pharaon, que reste-t-il du libre arbitre de Pharaon ?

Maïmonide remarque un point essentiel dans le texte :
Pendant les 5 premières plaies, il est écrit que « le cœur de Pharaon s'endurcit ».
Après la 6ème, il est précisé que « Dieu endurcit le cœur de Pharaon ».
Cet endurcissement est donc la volonté de Pharaon jusqu'à la 5ème plaie. Et celle de Dieu à partir de la 6ème.
Maïmonide écrit dans « les règles de la repentance », qu'au départ, tout homme a le choix, mais que plus il avance dans une direction, moins il a le choix, plus les options se réduisent, pour finir par ne plus avoir le choix du tout.
C'est pourquoi, Maïmonide écrit : « Quand quelqu'un fait le mal, il s'enlise dans une position de laquelle il ne peut plus s'échapper. Ceci, en soi, fait partie de la punition ».
Dans Vaéra, au bout de la 5ème fois (la 5ème plaie) que Pharaon s'obstine à avoir le cœur fermé, Dieu ferme définitivement son cœur. C'est sa punition.


Mais, Dieu n'est pas seulement le punisseur, il donne à l'être humain des chances de faire le bon choix.
Pour certains commentateurs, Dieu tente même d'aider Pharaon.
Les plaies, de plus en plus graves, sont des incitations pour Pharaon à se repentir.
Car l'homme, finalement, est le seul responsable de ses choix.
Dans le même sens, Nahmanide dit à partir du Talmud : « On conduit l'homme dans la voie qu'il veut prendre »
Dans le Deutéronome, Dieu dit : « J'ai placé devant toi la vie et la mort, le bonheur et la calamité; choisis la vie ! Et tu vivras alors, toi et ta postérité ».
Ce choix représente le libre arbitre.
On retrouve cette question du libre arbitre dans de nombreuses circonstances.
Elle inspire notamment la littérature et le cinéma.
Par exemple, dans la saga Star Wars, le Jedi Anakin Skywalker lutte entre le bien et le mal, pour finir par tomber du côté obscur de la force et devenir Dark Vador, et ensuite abuser de son pouvoir.
Cela nous enseigne que lorsque l'on a du pouvoir, il faut savoir être raisonnable, ne pas en abuser et ne pas se croire invincible.
Car, lorsque l'on prend une direction, plus on avance, moins on a de libre arbitre.


Et de même dans la vie de tous les jours ! Par exemple, quand on mange du chocolat.
Au début, on se dit qu'on ne va manger qu'un carreau, puis 2 ou 3.
Et au final, on n'est pas raisonnable, la gourmandise prend le dessus et on finit la tablette !


Heureusement faire le mauvais choix n'est pas toujours trop grave !
Et la téchouva est toujours possible, en particulier à Yom Kippour.
Tout le monde n'est pas comme Pharaon, chacun peut apprendre de ses erreurs.
Apprendre à corriger ses erreurs nous aide à devenir plus fort et à nous améliorer.