Drasha Shemini (14.04.18 - EF)

Shemini - " La Casherouth "



La première partie de la parasha Shemini raconte qu'au huitième jour Moïse ordonna au peuple d'Israël de sacrifier un veau adulte, un bélier, un bouc ainsi qu'un agneau âgé d'un an. Elle donne toute les explications pour exécuter un sacrifice rituel. (Lévitique 9)
La seconde partie de la parasha relate la mort des fils d'Aaron, foudroyés par Dieu après n'avoir pas strictement respecté les prescriptions divines.
Enfin, la dernière partie de la parasha (celle que je vous lis) évoque le moment où l'Éternel indique les animaux autorisés à la consommation et ceux qui ne le sont pas.

Dans le judaïsme, les règles alimentaires ont pour nom la Casherouth. C'est ce thème que j'ai choisi d'aborder dans ma drasha, ce discours d'explication de la parasha que j'ai le plaisir de vous présenter aujourd'hui.


Vous connaissez probablement tous l'expression '' casher '' - ou '' pas casher '' . En Hébreu, casher signifie " apte à la consommation ".
Mais qu'est-ce que cela signifie exactement ?
Pour répondre à cette question, j'ai mené mon enquête avec tout le sérieux qui me caractérise.
J'ai constaté que mon père ne mange ni porc, ni fruits de mer. Ma mère, quant à elle ne mange pas de porc mais raffole des crabes et des oursins. Mes grand-parents maternels m'ont toujours dit qu'il fallait goûter à tout et ma grand-mère paternelle est végétarienne. Quant à moi, j'adore les lasagnes qui combinent lait et viande.
Après cette enquête, je suis arrivée à une conclusion tout à fait éclairante : il y a autant de manière de manger qu'il y a de juifs autour de moi.

J'ai donc décidé de me replonger à la source pour percer le secret des lois religieuses sur l'alimentation. Ces lois appartient à la catégorie des houkim, ces prescriptions qui dépassent l'entendement humain et pour lesquelles nous avons peu d'explications.


A défaut de pouvoir en comprendre la signification profonde, en voici les grands principes :

Dans la Torah, c'est la seconde fois que des règles alimentaires sont formulées. Il est intéressant de noter que dès l'apparition d'Adam et Eve, l'Éternel formule des interdits concernant la consommation de nourriture en interdisant la consommation du fruit de l'arbre de la connaissance du jardin d'Éden.

Pour que la viande soit casher il faut que l'animal soit un mammifère qui rumine et qui a le sabot fendu. Il est intéressant de souligner que le sabot fendu sert à se défendre et ne permet pas d'attaquer. On peut donc manger de la vache, mais pas de cochon parce qu'il ne rumine pas bien qu'il ait le sabot fendu. De même, on ne peut pas manger de chameau qui rumine mais n'a pas de sabot.
Il faut aussi que l'abattage soit rituel, c'est-à-dire sans douleur et que l'animal ait été entièrement vidé de son sang. Le sang, considéré comme principe vital, ne doit pas être consommé.

Pour les poissons : ils doivent avoir des écailles et des nageoires, et ne doivent pas se nourrir de la chair d'autres poissons. Ils doivent également être abattus sans douleur.

Enfin, il ne faut pas mélanger le lait et la viande car il est dit que '' tu ne cuiras pas le chevreau dans le lait de sa mère ''.


De nos jours, comment interpréter la Casherouth ?
On peut dire que celle-ci est comme un mode de vie ou une hygiène de vie; comme le fait de manger bio ou végétarien par exemple.
Bien que ces lois aient été édictées il y a 3000 ans, elles établissent certains principes qui nous parlent encore aujourd'hui.
De nos jours, de nombreux scientifiques et philosophes questionnent l'impact de la nourriture sur notre santé. L'élevage ou l'agriculture, tels que pratiqués aujourd'hui permettent-ils de produire une nourriture saine ? Est-il bon pour le corps de manger d'un animal qui a souffert toute sa vie et est mort terrorisé ?
Dans la Torah, il est bien spécifié qu'il faut abattre les bête sans douleur. Mais, par delà les textes, je me suis posée la question suivante : est-il préférable de manger du bœuf élevé en batterie ou du porc élevé dans un jardin avec de la bonne nourriture ? Selon les textes un cochon sera toujours Teref même s'il est élevé de la façon la plus respectueuse du monde. Mais, peut on
encore considérer comme casher une vache maltraitée, nourrie aux antibiotique et aux farines animales ?

On le voit, les questions qui portent sur la nourriture sont d'une grande actualité.


Aujourd'hui, je suis certaines règles de la casherouth par respect pour mes parents et les valeurs qu'ils m'ont transmises. A l'âge adulte, je pense poursuivre dans cette voie -à, pas tant pour suivre les prescriptions qui m'ont été transmises, que pour réfléchir aux questions qu'elles génèrent.

Et n'est-ce pas là le sens des houkim ? Ne pas avoir un sens qui est donné, mais bien une opportunité de nous interroger et de questionner notre environnement. Aujourd'hui, c'est ce que je fais.