Drasha Misphatim (10.02.18 - NT)

Mishpatim - " Le pacte monothéiste "


La parasha Mishpatim couvre les chapitres 21 à 25 du livre de l'Exode.
On peut dire que Mishpatim rassemble en deux parties : d'une part les règles « sociales » que D. demande aux hommes d'appliquer et d'autre part, le pacte que D. noue avec les hommes : la croyance en un D. unique en échange de sa protection, de la prospérité, d'une terre et d'un pays.

C'est un texte que je trouve assez violent car celui qui ne respecte pas le pacte sera soit expulsé, soit tué.
Les 19 versets que je vais chanter devant vous dans quelques instants, décrivent ce pacte.
A partir de ce texte, j'ai choisi de m'interroger sur la raison d'un tel pacte, un pacte qui nous impose le monothéisme.

En découvrant le texte de la parasha Mishpatim, et la liste de toutes ces lois qui règlent le bon fonctionnement de la société, j'avais l'impression d'en avoir déjà entendu parler ….
C'était dans le « code d'Hammurabi », que j'avais découvert l'été dernier, en écoutant un livre audio du nom de Sapiens écrit par Yuval Noah Harari.
Vous connaissez peut-être le code d'Hammurabi, ?
C'est un code de lois édictées par un Roi assyrien qui souhaitait protéger son peuple et faire régner la paix pour l'éternité après sa mort.
Les lois de Mishpatim ressemblent beaucoup aux lois d'Hammurabi, pourtant écrites presque 1000 ans plus tôt.

Il y en a de nombreux exemples, je vais vous en donner un seul :
Dans le code d'Hammourabi - on peut lire au Jugement 209 : SI un homme frappe une femme, et qu'elle perde l'enfant à naître, ALORS il doit payer dix shekels d'argent.
Dans Mishpatim, au verset 22 du chapitre 21, on lira :
" SI, des hommes ayant une rixe, l'un d'eux heurte une femme enceinte et la fait avorter, ALORS il sera condamné à l'amende que lui fera infliger l'époux de cette femme. "
On dirait les mêmes lois et je pourrais vous en donner d'autres exemples !
Mais, toutes ces similitudes entre le code d'Hammurabi et la parasha Mishpatim s'arrêtent là, à cette première partie qui traite des règles à appliquer pour un bon fonctionnement de la société.

Car tout à coup, les versets de la parasha que je vais lire aujourd'hui, changent de sujet et semblent changer d'objectif :
Au verset 23, on peut lire ce commandement, cette promesse : « SI tu ne crois qu'à un seul D., ALORS je te protègerai, ALORS je te donnerai un pays et de la nourriture ».
A quelles fins ce pacte monothéiste est-il donc passé entre D et l'homme ?
Je crois que ce « EHAD », cette « unité » de D. est faite pour aider à ce que les tous hommes agissent ensemble, comme « UN », ceci afin qu'ils forment une communauté.
C'est comme si en croyant en un D. unique., l'homme recevait une famille qui rassemble toute l'humanité.
Ça les réunit. Ils ont une vision proche, partagée, qui se base sur un point de vue commun, des valeurs qu'ils ont appris à respecter.
Chaque individu n'a peut-être pas UNE famille mais le pacte avec l'Éternel, fait rentrer chacun dans la famille des croyants à un seul D.
Se rassembler, c'est être plus fort : 1000 hommes défendant un bien commun sont plus puissants que 1000 hommes protégeant 1000 biens différents.

A l'heure de la robotique et de l'Intelligence Artificielle, à l'heure des machines qui apprennent à apprendre, on peut se poser la question : en termes « d'efficacité ». Pensez-vous qu'il vaut mieux : qu'un seul corps soit dirigé par plusieurs cerveaux ou qu'un seul cerveau dirige plusieurs corps ? Eh, bien en fait pour moi, le Judaïsme, la croyance en un D. unique, c'est les deux à la fois !
Si on admet que D. est notre « cerveau commun », il donne des lois à plusieurs hommes, à un ensemble d'humains qui ont le droit de le questionner et de questionner ses commandements comme je suis en train de le faire maintenant, devant vous.
Aujourd'hui, les trois religions monothéistes sont très largement majoritaires.
Elles ont prospéré comme il est convenu d'ailleurs entre D. et l'homme au verset 26 de ma parasha, lorsqu'il est écrit : « ALORS … je comblerai la mesure de tes jours ».

De mon point de vue, le pacte avec D. a été jusqu'alors tenu car les religions monothéistes rassemblent aujourd'hui - de loin - le plus grand nombre d'humains croyants.
Une religion qui sert un seul homme, c'est une « secte », c'est un groupe de personnes croyant en un seul homme qui se prétend être D.
Cette personne est un « faux garant des lois » ou le garant de « fausses lois », qui ne sont jamais remises en question : c'est l'image d'un seul cerveau dirigeant plusieurs corps.

Croire en un D. unique, c'est un pacte de tolérance, une garantie que plusieurs esprits participent à douter, à questionner, à adapter, à enrichir.
Il est donc essentiel de garantir une opinion différente, même minoritaire : sinon l'exclusion et l'intolérance sont proches si la question n'est plus autorisée.

Je veux citer deux versets qui me semblent incohérents :
Au verset 20 du chapitre 22 : « Tu ne molesteras point l'étranger; car vous-mêmes avez été étrangers en Égypte. »
Puis, au verset 23 du chapitre 24 : « Lorsque j'aurai exterminé « l'Amorréen, le Héthéen, le Phérézéen, le Cananéen, le Hévéen, le Jébuséen », ne te prosterne point devant leurs dieux »
Pourquoi D. glisse-t-il des incohérences ? ….. Pour que l'on se pose des questions !
Dans Mishpatim, il n'y a qu'un seul endroit où il n'y a pas de place à la question et où aucune incohérence n'a été laissée pour réveiller notre envie de questionner le texte :
C'est dans la parasha du jour : c'est la croyance en un D. unique, la croyance en l'Éternel !

En conclusion :
Je voudrais vous parler d'un de mes films préférés : c'est un film indien qui s'appelle « PK », je crois que cela veut dire « saoul » ou « pompette ».
C'est l'histoire d'un extraterrestre à forme humaine avec des oreilles bien décollées ... pour bien entendre :
En arrivant sur terre, il se fait voler la « télécommande » de son vaisseau spatial.
Ne sachant comment retrouver son voleur parmi les 10 millions d'habitants de Delhi, PK, au gré des rencontres qu'il fait dans ce pays aux 1000 divinités, croit comprendre que : « D. seul peut t'aider ».
Oui, mais quel D. ?
Il part alors à la recherche de D. pour l'interroger et lui demander un coup de main.
Au gré des pratiques et des représentants religieux de tous genre, il sera souvent victime d'impostures..….
Et il rencontre des personnes qui exploitent l'ignorance et la crédulité des gens.
Aidé d'une amie journaliste, il retrouve finalement sa télécommande à la main d'un gourou sectaire, qu'il finit par confondre devant tous les croyants de sa secte.
La dernière phrase de PK dans ce film est : « Pour moi, il y a un D. qui nous a créés et il y a des D. que l'on a créés ».
Je trouve qu'il y a une vraie raison de croire en un D. qui nous a créé.

Et voici donc ma conclusion :
Hier comme aujourd'hui, il faut questionner les lois de D. :
C'est utile pour garantir que nous ne nous ne dérivions pas vers un D. que l'on aura créé de toute pièce, pour nos intérêts particuliers.
Les lois de D. ne changent pas mais le contexte qui nous entoure, oui, lui, il change chaque jour.
Être autorisé à questionner les lois d'un D. unique et exigeant est une chance et une nécessité.