Drasha Mikets (NS - 16.12.17)

Mikets - " Joseph: discerner pour régner "


Mikets, la parasha de cette semaine, voit l'ascension miraculeuse de Joseph de prisonnier d'une geôle égyptienne à Premier ministre nommé par Pharaon.

Entre les deux, il a fallu des rêves de l'Empereur d'Égypte qu'aucun de ses conseillers n'a réussi à interpréter.

Pressentant l'importance de ses deux rêves, l'un de sept vaches maigres dévorant sept vaches grasses et l'autre de sept épis de maïs malingres absorbant sept épis de maïs magnifiques, Pharaon ordonne que Joseph, un Hébreu dont on lui a vanté la capacité à interpréter les rêves, soit extrait de sa cellule.

Joseph, encore esclave lorsqu'il est présenté à Pharaon, lui explique que ses rêves annoncent sept années d'abondance suivies de sept années de famine et lui prodigue des conseils économiques pour que son royaume traverse favorablement cette épreuve.

Il dit encore à Pharaon qu'il doit trouver un homme réfléchi et sage « navon et hakham » pour conduire le pays.

Pharaon dit à Joseph « Il ne peut y avoir personne avec autant de discernement et aussi sage que toi » (1).

C'est ainsi que Pharaon nomme Joseph Premier Ministre de son pays. Il prendra les décisions nécessaires pour faire face aux évènements annoncés et tous en Egypte devront lui obéir.


Joseph a-t-il agi en grand stratège en donnant des conseils que personne ne lui a demandé et en soufflant ces qualités à Pharaon qui devait conduire cet homme tout puissant à le choisir ?

On pourrait également se demander si Joseph n'a pas été le premier surpris d'être choisi par Pharaon même s'il pressentait que son destin était sur le point de s'accomplir.


J'ai voulu me pencher sur les qualités « navon et hakham » dont il est question dans Mikets et qui sont présentées comme les plus adaptées pour traverser les évènements négatifs de la vie.


En hébreu, le premier adjectif est « navon » formé à partir de « bin » : cela signifie avoir du discernement, de la clairvoyance, percevoir avec l'esprit, être intelligent, prudent.

C'est la même racine que « beyn » qui veut dire « entre, au milieu de ». Etre navon, c'est d'abord être capable de voir qu'il y a plusieurs options possibles puis de discerner quel est le bon choix entre ces différentes options. L'homme « navon » sait percevoir les solutions qu'offre une situation et sait faire le choix le plus éclairé. On comprend que pour Pharaon, ce soit essentiel pour sauver son pays car le fait que Joseph soit capable de discernement, donc capable de faire un choix, implique d'imaginer toutes les options possibles. Ainsi, Joseph va savoir mettre à profit les années de bonnes récoltes pour préparer les temps plus difficiles qui vont suivre.Il choisit la précaution. C'est un rejet de la fatalité.

Cela signifie qu'il n'est pas question de se dire « Dieu m'envoie cette épreuve ; je dois donc la subir et attendre que ça passe ». Une personne « navon » ne se laisse pas abattre par les difficultés et trouve des solutions.

Cela rejoint l'expression de mon grand-père qui était dite en Tunisie « Lorsqu'un mur s'écroule, avant d'appeler Dieu à l'aide, écarte-toi du mur ».

Cela rejoint également la notion si importante dans l'éducation que je reçois de « résilience », cette capacité à trouver les ressources pour s'extraire d'une situation négative subie.
L'un des exemples les plus forts de la résilience nous a été donné par les survivants de la Shoah qui ont, pour la plupart, reconstruit une vie, une famille...La résilience n'efface pas les épreuves et les traumatismes mais permet d'affronter le présent et de construire l'avenir.


A cette prudence, ce discernement, il est ajouté « hakham» c'est-à-dire sage, posé.On utilise « hakham» pour des personnes plus mûres, dont la sagesse découle des expériences vécues. Cette sagesse est celle qui implique qu'aucune décision ne sera prise de façon impulsive mais à la lumière des leçons tirées des évènements passées. Le mot « hakham» est utilisé au début de la parasha pour désigner les savants d'Égypte auxquels Pharaon a fait appel pour interpréter ses rêves avant d'avoir recours à Joseph. Mais leurs interprétations n'ont pas convaincu Pharaon.

C'est donc que l'expérience, la sagesse seule ne suffit pas. Elle doit être associée au discernement, à la prudence.
Pour Joseph, qui a donné la définition du meilleur dirigeant pour un pays, la sagesse de l'expérience est indispensable en combinaison avec l'intelligence, la clairvoyance et la prudence de l'homme « navon ».


Au jour de ma Bath-Mitsva, j'espère devenir jour après jour de plus en plus « navon et hakham » comme Joseph. Être capable de faire mes propres choix réfléchis, en être responsable. Respecter mon histoire familiale, la faire aussi évoluer en y trouvant ma propre place. Être une citoyenne impliquée. Pour résumer, être une « Mensch ».


(1) Genèse 41 : 39