Drasha Haazinou (22.09.18 - JC)

Haazinou - L'aigle et le rocher


Dans la parasha Haazinou, qui est l'avant-dernière de la Torah, Moïse s'exprime pour la dernière fois sous la forme d'un cantique. Il nous dit qu'il ne faut jamais trahir l'Éternel et ne pas le remplacer par des idoles. Il nous rappelle ainsi que Dieu est tout puissant, que rien ni personne ne peut l'égaler. De nombreuses images sont utilisées, Dieu notamment est comparé à un rocher et à un aigle.
Après que Moïse ait dicté ses derniers mots, l'Éternel lui parle et lui dit qu'il n'entrera point sur la terre de Canaan et qu'il ira mourir sur la montagne.


Dans ce texte, je me suis interrogée sur les symboles attribués à l'Éternel. Pourquoi Dieu est-il comparé à un rocher et à un aigle ?


Le rocher

Tout d'abord, pourquoi un rocher ? alors que Dieu est immatériel et qu'un rocher est une des choses les plus matérielles qui existent ?
Peut-être est-il comparé à un rocher car comme la pierre il est dur et fort, ou bien parce que comme le rocher est ancré dans le sol, l'Éternel est ancré dans notre esprit et dans nos prières. Le rocher représente le symbole de ce qui est inébranlable, immuable. C'est aussi un symbole de force, de stabilité, c'est la pierre, le fondement du monde physique. Le rocher, la pierre est aussi les fondations et les murs des constructions de l'homme et des édifices. Ce sont les abris, les maisons, les foyers qui protègent l'homme.

Dans la Torah, différents termes sont utilisés pour dire « rocher ». Dans la parasha Haazinou, c'est le mot Tsour qui est employé. Ce mot est déjà apparu plusieurs fois dans la Torah :
- c'est le rocher que Dieu indique à Moïse de frapper pour faire sortir de l'eau après la sortie d'Egypte.
- c'est le rocher dans lequel Moïse va être protégé lorsque Dieu lui révéla sa gloire sur le mont Sinaï.

Tel qu'il est cité dans ce cantique, le rocher est synonyme de perfection, de justice, de droiture, de solidité et de résistance : « Lui, notre rocher, son œuvre est parfaite, toutes ses voies sont la justice même ; Dieu de vérité, jamais inique, constamment équitable et droit » .

C'est dans cette parasha qu'on trouve le plus grand nombre d'occurrences du mot Tsour, rocher : 7 fois en tout. 7 comme les 7 jours de la création du monde car Dieu est lui-même symbole de notre monde créé, notre terre, le socle de la vie, ou encore 7 comme les 3 patriarches et les 4 matriarches.
Ce mot, répété 7 fois, souligne le fait que Dieu est un tout, une totalité.

Un rocher est par nature inébranlable et indestructible. Jamais le vent et la tempête ne le feront vibrer. Lui qui est symbole de permanence et d'invariabilité, il a traversé des générations sans jamais faiblir. Le rocher est là, inchangé depuis l'origine du monde. C'est là aussi que le rocher et l'Éternel ont un point commun : ils sont tout deux éternels !


L'aigle

Et maintenant, pourquoi un aigle (en hébreu : nesher) ?

Parce que l'aigle veille sur ses œufs comme il ne veillerait sur personne. Ou parce que l'aigle est un symbole de bienveillance et de force comme l'est Dieu. C'est aussi un symbole de majesté.

La Bible fait de nombreuses allusions à sa longévité, sa force, sa rapidité, à l'acuité de sa vision, son aire inaccessible et au soin qu'il prend de sa couvée.

La première fois que Dieu est comparé à un aigle, c'est après la sortie d'Égypte : « Je vous ai porté sur les ailes des aigles et Je vous ai monté vers Moi… ».
Sur ce verset, Rachi commente : « Lorsqu'il veut transporter [ses petits] d'un endroit à un autre, [l'aigle] ne les agrippe pas entre ses pattes comme le font les autres oiseaux. Car ce que craignent les autres oiseaux, c'est l'aigle, capable de voler et de planer au-dessus d'eux. C'est pourquoi ils les transportent entre leurs pattes à cause de l'aigle. Mais l'aigle, lui, ne craint que les flèches. C'est pourquoi il les porte sur ses ailes en se disant : « Mieux vaut que ce soit moi que transperce la flèche plutôt que mes enfants ! »

Comme l'aigle avec ses petits, Dieu se conduit avec miséricorde et compassion envers le peuple et le protège avec bienveillance.


Cette semaine, à la fin de la journée de Kippour, nous avons déployés au-dessus de nos têtes nos talitoth en appel à la bénédiction et à la protection divine.
Tout à l'heure, après notre première lecture dans le Sefer Torah, le rabbin demandera à chacun de nos pères de déployer son talith au-dessus de toute la famille réunie.
Ce talith déployé au-dessus de nous figure d'une certaine façon, telles les ailes des aigles, les ailes de la présence et de la protection divine.


Complémentarité rocher / aigle

Le rocher et l'aigle sont deux symboles qui à la fois disent la même chose et se complètent. La même chose en ce que tous deux sont symboles de protection. Se complètent en ce que l'aigle correspond aux cieux et que le rocher représente la terre. et en cela correspondent à l'appel fait aux cieux et à la terre au début de la parasha, lorsque Moïse dit : « Écoutez, cieux, je vais parler; et que la terre entende les paroles de ma bouche. » . Or l'Eternel englobe tout : ciel et terre.

Ces deux comparaisons, sont une manière de donner une représentation à ce qui est immatériel, innommable, et que nous ne pouvons pas représenter. Une manière de figurer la totalité qu'est le divin, une totalité à laquelle nous n'avons pas accès, qui nous dépasse, nous transcende.


Ce texte m'a beaucoup appris et faire ma Bath-Mitsva est pour moi un moyen de transmettre la culture mais aussi la tradition de cette religion.


Shabbath shalom