Drasha Bo (20.01.18 - SS)

Bo - " La mort des premiers-nés "


Bonjour à tous,


Je me suis intéressé aux plaies qui frappent l'Egypte.

J'ai plus particulièrement choisi de vous parler de la dernière plaie : la mort des premiers nés.
Je cite : « Or, au milieu de la nuit, le Seigneur fit périr tout premier-né dans le pays d'Egypte, depuis le premier-né de Pharaon, héritier de son trône, jusqu'au premier-né du captif au fond de la geôle, et tous les premiers-nés des animaux » (Exode 12 : 29).

En effet, c'est le moment qui m'a le plus marqué dans cette parasha et c'était le sujet qui m'intéressait, car j'ai été choqué par la cruauté de Dieu envers les premiers-nés, alors que certains (dont les enfants et les bébés) étaient innocents.
Au passage je vous rappelle que premier-né ne signifie pas forcément bébé ou enfant mais premier-né d'une fratrie.


Je me suis posé beaucoup de questions :

Pourquoi est-ce que D. est aussi violent avec les Égyptiens alors qu'il est dit dans la parasha que « D. endurcit le cœur de Pharaon » ?
Il semble y avoir là une contradiction.

On peut penser que si D. n'avait pas endurci le cœur de Pharaon, les Hébreux seraient sortis plus vite et sans que les Égyptiens n'aient à subir la mort de leurs premiers-nés.
Mais les Égyptiens auraient pu être tentés de reprendre les Hébreux en esclavage puisqu'ils n'auraient pas vu la puissance de D..
En ayant endurci le cœur de Pharaon, D. nous a laissé un peu plus longtemps esclaves, mais cela nous a permis de ne plus jamais être mis en esclavage par les Égyptiens.

Le passage « D. endurcit le cœur de Pharaon », peut être aussi compris autrement.
Ce n'est peut-être pas par l'action précise et délibérée de D. que le cœur de Pharaon s'est endurci mais indirectement à cause des demandes répétées de D. par l'intermédiaire de Moïse de libérer son peuple. Comme si Pharaon s'était entêté comme un enfant sans tenir compte des plaies ou de son peuple, son cœur s'endurcissant au fur et à mesure.
Face à cet entêtement impossible à raisonner, D. n'aurait pas eu d'autre possibilité que de frapper l'Égypte plus profondément.


Mais le prix n'était-il pas un peu trop élevé ?

La liberté de quelques milliers d'hommes vaut-elle plus que la mort de plusieurs dizaines de milliers d'autres ?
L'Égypte est condamnée à la famine, à la misère pendant plusieurs années car D. a aussi détruit toutes les récoltes, donc toute la nourriture des Égyptiens …
On dit parfois qu'il faut un mal pour un bien.
Peut-être que D. a voulu pousser à bout le peuple égyptien pour qu'il se soulève contre Pharaon et change de régime politique.
En effet, on peut se demander pourquoi le peuple égyptien ne réagit pas tout au long des neuf plaies.
La seule révolte égyptienne connue contre Pharaon est celle racontée dans le Midrash Téhélim (les midrashim sont des commentaires rabbiniques de la Torah) :
Les premiers-nés égyptiens, à l'annonce de la dixième plaie, demandèrent d'abord à leurs pères de libérer les Hébreux pour ne pas mourir.
Leurs pères refusèrent, ils se présentèrent ensuite devant Pharaon qui les chassa. Ils décidèrent alors d'aller tuer leurs pères.
Ce midrash se base sur la phrase « Il frappa l'Égypte par ses premiers-nés ».

On peut aussi penser que ces plaies et particulièrement la dernière étaient aussi à destination des Hébreux, comme un électrochoc.
Les Hébreux réduits en esclavage s'éloignaient de leur foi, ils s'assimilaient peu à peu à la culture égyptienne. Ils avaient failli à leur mission et risquaient de disparaître.
En effet, d'après Léon Ashkénazi dit Manitou (ancien Éclaireur Israélite) « la mission des Hébreux en exil était de dévoiler le nom de D. dans les nations. C'est un échec donc D. le fait lui-même ».
D'après Yedidiah Robberechts « La sortie d'Égypte signifie pour Israël qu'il renonce pour toujours [au modèle théocratique égyptien], et se constitue autour […] d'un autre modèle où le religieux sera séparé du politique ».
Un peu comme dans Star Wars où le combat entre les Siths et les Jedis est une bataille pour décider vers quelle voie le monde se dirigera : le côté obscur , la dictature, ou la République.
D'ailleurs, comme l'a dit Nathan, la sortie d'Égypte correspond au premier mois du nouveau calendrier, comme pour signifier un renouveau, une nouvelle ère, un nouveau départ….


Mais cette révélation justifie-t-elle quand même de tuer des innocents ?

Nous pouvons penser que D. n'agit pas gratuitement et de gaieté de cœur, puisque dans le Midrash Shirath Hayam, quand les Égyptiens se noient dans la mer Rouge et que les anges veulent chanter des louanges, Il les en empêche en disant :
« Comment puis-Je vous laisser chanter alors que Mes créatures sont en train de se noyer ? Ma pitié inclut tous les êtres »

Cette violence, nous nous en souvenons d'ailleurs encore maintenant, chaque année pendant le Séder de Pessah.
Nous nous remémorons la dureté de l'esclavage mais aussi la violence des dix plaies.
De même tous les premiers nés font l'objet d'un rachat en raison de la mort des premiers nés égyptiens.
Je cite : « C'est pourquoi j'immole au Seigneur tout premier né mâle et tout premier-né de mes fils je dois le racheter »

La violence de cette histoire a le mérite de nous faire réfléchir, elle nous fait nous poser des questions.
Peut-être comme dans un jeu vidéo où l'on peut être violent, comme si c'était un punching-ball virtuel, afin de ne pas l'être dans la réalité.
A travers le récit de l'Exode, les images de violences nous permettent peut-être de ne pas les faire subir dans la réalité.


Après toutes ces lectures et ces réflexions, je suis divisé :

D'une part je pense qu'il fallait bien sauver les Hébreux car personne ne mérite d'être esclave.
Mais d'autre part, éviter ce bain de sang aurait peut-être été préférable, d'autant que D. avait déjà tout prévu à l'avance et l'avait expliqué à Abraham.

J'ai découvert que D. a une multitude de facettes que je n'arrive pas toutes à comprendre….


Pour finir, je citerai à nouveau Yedidiah Robberechts :
« La Bible n'est peut-être pas tellement un livre destiné à nous donner réponse à tout, mais plutôt à nous apprendre à poser de justes questions, y compris à Dieu lorsque son comportement semble injustifiable face à son propre message ».

A travers ces textes j'ai pu aussi voir que le judaïsme est une religion où chacun est libre de ses choix et de ses pensées et ne rend de compte à aucun chef.
C'est la liberté pour chacun d'agir en son âme et conscience.



Pour moi être juif est aussi une fierté parce que maintes fois des gens ont essayé de nous massacrer mais ils n'ont jamais réussi à nous faire disparaître. Envers et contre tous nous avons bravé les tempêtes et nous en sommes sortis plus forts.

Mais c'est aussi par exemple être éclaireur israélite de France c'est à dire faire partie de la nouvelle génération de juifs français, être avec des copains : chanter, discuter sans a priori dans une bonne ambiance.


Que représente ce jour de Bar-Mitsva pour moi ?

La Bar-Mitsva c'est à la fois une fin : la fin de l'enfance, la fin de quatre années de Talmud-Tora , de quatre années passées à me lever tôt tous les dimanches.
Mais c'est aussi le début d'une nouvelle étape dans ma vie de juif : je deviens responsable de mes actions et de mes décisions.

C'est aussi un moment de fête et de joie avec tous ceux qui m'entourent.