Drasha Bo (20.01.18 - NO)

Bo - " Les dix plaies d'Egypte "


Dans la parasha Bo, Dieu envoie les trois dernières plaies sur le peuple égyptien : les sauterelles qui anéantissent le reste des ressources, les ténèbres qui aveuglent et la mort des premiers nés. Avant la dernière plaie Moïse transmet aux Hébreux le commandement concernant l'agneau pascal ainsi que les lois que devront respecter les Hébreux lorsqu'ils célèbrent la sortie d'Egypte avec la fête de Pessah.
A la dixième plaie, Pharaon, consent à laisser partir le peuple hébreu.

Pour commenter cette parasha je vais parler des dernières plaies mais aussi me demander pourquoi il y en a eu autant.


Tout d'abord, dans la parasha Vaéra (celle qui précède la parasha Bo), nous nous apercevons qu'à la fin de chaque plaie, Pharaon ne cède pas à la volonté de Dieu, il endurcit son cœur et laisse les Hébreux en esclavage. Cependant à partir de la sixième plaie, Pharaon aurait consenti à laisser partir le peuple d'Israël si Dieu lui même n'avait pas durci son cœur.
D'un côté Dieu crée des plaies pour libérer les Hébreux de l'esclavage, de l'autre, il endurcit le cœur du Pharaon, ce qui a pour conséquence d'empêcher les Hébreux de sortir.
L'action de Dieu est contradictoire. Pourquoi ?
Je pense que Dieu empêche les Hébreux de sortir pour avoir une raison d'envoyer dix plaies. Je cite : " Pharaon ne vous cédera point afin que mes miracles se multiplient dans le pays d'Egypte " (Exode 11 : 9).
De cette façon le peuple égyptien aura retenu la leçon : qu'il ne faut pas asservir un peuple, que chacun est libre.

Avec les plaies, Dieu montre aussi qu'il surpasse n'importe quelle idole égyptienne. En s'attaquant aux récoltes à l'aide des sauterelles il montre qu'il est le seul ayant l'emprise sur les récoltes et les sauterelles et non Serapia déesse protectrice des sauterelles ou encore Seth, Ermuthet et Thermut, dieux des récoltes. Pour la plaie des ténèbres, il s'attaque, en montrant sa totale emprise, à Amon Rê dieu du soleil, à Horus dieu de la lumière et du soleil et à Shu dieu de l'air et de la lumière. Lors de la dernière et décisive plaie , la mort des nouveaux nés, Dieu pourrait s'attaquer à deux divinités très importantes du panthéon égyptien : Osiris juge des mort et dieu-patron du Pharaon et la version divine de Pharaon.

Dieu veut montrer aux Egyptiens mais aussi aux Hébreux qu'il est le seul et unique Dieu. Car si les Hébreux avaient été libérés grâce à une seule plaie, ils auraient pu penser que cela n'était dû qu'au hasard, et non grâce à Dieu.
Les plaies viseraient à détruire pour les Hébreux toute possibilité de croire dans la puissance des Dieux égyptiens. Il s'agirait, nous dit le Rav Abraham Tsava, de tout détruire pour repartir " à zéro ", par des actes qui sont à l'opposé de ceux de la Genèse, de la création du monde. Les sauterelles s'opposeraient à la création de la végétation, les ténèbres omniprésentes à la séparation des ténèbres et de la lumière, la mort des premiers nés au commandement de peuplement de la terre, Dieu anéantissant ainsi le futur de l’Égypte en détruisant toute une génération.

Chacune des plaies pourrait donc marquer la destruction du monde dont doivent s'éloigner les Hébreux. Détruire ce monde, pour en construire un nouveau, comme avec Noé et le déluge, afin d'inaugurer un nouveau temps pour les Hébreux - nouveau temps qui sera celui du premier mois d'un nouveau calendrier : celui des Rois, qui débute en Nissane, le mois de la sortie d’Égypte.
La sortie d’Égypte instaure une nouvelle manière d'appréhender le monde, comme le souligne le premier commandement : " Je suis l’Éternel ton Dieu qui t'ait fait sortir du pays d’Égypte, d'une maison d'esclavage " (Exode 20 : 1). Pourquoi ne pas avoir dit : " Je suis l’Éternel ton Dieu, qui a créé le monde " ? L’Éternel se réfère à quelque chose que les Hébreux ont vécu, dont ils ont eu l'expérience, ont été les témoins, et qu'ils devront transmettre de génération en génération.

Pour cela il était essentiel que les plaies miraculeuses soient nombreuses et que leurs conséquences soient de plus en plus affligeantes pour les Égyptiens et pour ceux parmi les Hébreux qui ne suivraient pas les prescriptions transmises par Moïse.

Les trois dernières plaies de la parasha Bo, en opposition aux sept premières de Vaéra, se déroulent dans la pénombre la plus complète : les sauterelles couvrirent le ciel (" elles déroberont la vue de la terre et l'on ne pourra plus apercevoir la terre "); les ténèbres opaques (" on ne se voyait pas l'un l'autre "); la plaie ultime, la mort des premiers nés qui intervient au milieu de la nuit.
Cette obscurité accroît la terreur qui envahit le pays mais aussi souligne pour les futures générations le passage de l'ombre vers la lumière, de l'esclavage vers Dieu.


Enfin, pourquoi dix plaies ? Comme nous l'avons évoqué il y a un instant, le chiffre 10, selon le Rav Abraham Tsava, nous rappelle les dix paroles prononcées par Dieu à l'origine pour créer le monde. On retrouvera ce chiffre après les dix plaies d’Égypte pour les dix commandements, il représente une totalité parfaite. Il y a aussi le Yod, la dixième lettre du aleph-beth, " qui ne touche pas le sol ", et première lettre du Tétragramme, qui renvoie à la transcendance de Dieu qui maintient le monde en permanence.


A la fin de la parasha Bo, Dieu demande à Moise et Aaron de se souvenir de cet épisode et leur demande de le célébrer chaque année avec la fête des Azymes. Il dit également à Moise " Tu donneras cette explication à ton fils : " C'est dans cette vue que l’Éternel a agi en ma faveur, quand je sortis de l'Egypte ". Et tu porteras comme symbole sur ton bras et comme mémorial entre tes yeux (...) que, d'un bras puissant, l’Éternel t'a fait sortir de l'Egypte.". Depuis cet épisode, chaque génération a transmis à la suivante la tradition de Pessah et celle des téfilins, ces mêmes téfilins que j'ai portées pour la première fois jeudi. En faisant ma Bar-Mitsva, je perpétue moi-même ce rite transmis de génération en génération.