Drasha Bo (12.01.19 - NC)

Bo - Fratries : la place d'Aaron auprès de Moïse, la mort des premiers nés



Shabbath Shalom


La parasha Bo est le récit d'un moment majeur de la Torah. Les dix plaies d'Égypte. L'évocation des prodiges, des miracles que l'Éternel a accompli d'une « main » puissante rappelée à chaque lecture du Shéma… Rappelée également de génération en génération : " afin que tu racontes à ton fils, à ton petit fils, ce que j'ai fait aux Égyptiens " comme nous le faisons à chaque fête de Pessah, une des fêtes très importante du judaïsme où chaque tradition propre à chaque famille se transmet de " génération en génération "...

La parasha Bo suit la parasha Vaéra et commence par l'évocation de la 8e plaie d'Égypte et du prodige des sauterelles. Moïse, accompagné de son frère, Aaron, s'est entretenu avec Pharaon pour le convaincre de laisser partir le peuple hébreu pour une sortie d'Égypte. On y comprend l'obstination d'un homme, Pharaon, qui s'est à chaque fois « endurci » pour ne pas céder devant la volonté de l'Éternel. Malgré les sauterelles et les ténèbres, Pharaon refuse de laisser partir les Hébreux guidé par Moïse.
La seconde partie de la parasha aborde la question de la dernière plaie d'Égypte, la dixième plaie et certainement la plus cruelle. On y décrit le rituel de l'agneau pascal et les commandements de l'Éternel qui sont repris " de génération en génération " lors de la fête de Pessah rappelant une " époque mémorable " " célébrée comme une fête de l'Éternel, d'âge en âge ".
La parasha se termine sur les paroles de l'Éternel qui demande à Moïse de lui « consacrer tout premier né des entrailles parmi les enfants d'Israël » avant de le racheter …et demande à Moïse de faire observer au peuple hébreu la fête de Pessah que l'on expliquera de père en fils : " c'est dans cette vue que l'Éternel a agi en ma faveur, quand je sortis de l’Égypte ".
Lorsque j'ai lu pour la première fois cette parasha, j'ai été surpris par tout ce qu'elle a suscité chez moi et qui s'inscrit dans un judaïsme que je connais et qui me touche par des valeurs que je retrouve dans les traditions de la fête de Pessah, rappelées ici : le symbole des téfilines que j'ai portées pour la première fois ce jeudi, le rouge contre le " mauvais œil " contre le " fléau " et une transmission que j'espère transmettre plus tard à mes enfants " de père en fils ", " de génération en génération ".


Mais j'aimerais aborder plus précisément la question de la place de Aaron auprès de Moïse, son frère.

Myriam, Aaron et Moise sont trois enfants de la famille dont Myriam est l'ainée, puis Aaron et enfin Moïse.

L'Éternel notre Dieu n'a pas choisie l'aîné de cette fratrie, mais le benjamin qui est Moïse à qui il a confié un lourd fardeau : celui de délivrer le peuple hébreu de l'esclavage en Égypte.

Aaron est toujours resté près de Moïse, pour soutenir son petit frère dans sa dure mission et surtout lors des confrontations avec Pharaon.
Nous avons ici en fait un exemple d'une fratrie solide dans la Bible et qui " fonctionne bien ". Aaron est toujours à coté de son frère, même si ce n'est pas lui qui a été choisi par l'Éternel… Aaron semble l'accepter très simplement et l'amour de son frère domine son intérêt pour agir à ses cotés.
Cela n'a pas toujours été le cas dans la Bible, comme nous pouvons le rappeler ici, d'autres exemples dans le livre de Bereshith, d'autres frères Cain et Abel, Issac et Ismaël, Esaü et Jacob, Joseph et ses frères. Voilà des fratries qui ont traversé pas mal de défis et qui ont d'une certaine façon " mal fonctionné ".
Comme pour Jacob et Esaü, deux frères jumeaux qui « se battaient déjà dans le ventre de leur mère » avec ce passage qui raconte comment Esaü a vendu son droit d'aînesse à Jacob pour un plat de lentilles, et comment Jacob, aidé par sa mère Rebecca, a réussi à se faire passer pour son frère Esaü afin de recevoir la bénédiction de son père, Isaac, devenu aveugle…
Peut être que la Torah a voulu nous suggérer quels étaient les exemples à suivre et ceux qu'il ne faillait pas suivre comme dans l'exemple de Jacob et Esaü.



Et j'aimerais aussi aborder la question cruelle et atroce de la " mort des premiers nés ". Pourquoi Dieu a puni d'une manière collective et terrible un peuple entier pour la cruauté de leur roi Pharaon ?

Pharaon refuse de libérer le peuple hébreu a plusieurs reprises et chaque fois il s'endurcit devant la demande de Moïse.
Pharaon a dû attendre 10 plaies pour qu'il accepte de libérer les Hébreux de l'esclavage.
Pharaon a accepté au bout de la dixième plaie qui est " la mort des premiers nées ", cette plaie est atroce et triste car les Égyptiens l'ont subie sur la seule décision d'un seul homme, Pharaon, qui se croyait égal à D.ieu.

Cet acte de négociation sur la liberté de peuple hébreu m'intéresse, Il faut comprendre le contexte historique de cette période.
Cette époque ancienne est le début du développement de la foi en un seul D.ieu, alors que la société la plus ancienne avait la foi en idoles ou en des êtres humains qui croyaient avoir un pouvoir « divin », comme Pharaon.
Nous avons une confrontation classique d'idéologies et le texte l'explique par cette punition horrible qui à notre époque moderne me semble encore plus difficile a comprendre
Dieu a besoin de déterminer sa place (expliquer qui " décide " ), il est maintenant celui qui a le pouvoir et la punition de la dixième plaie est équivalente à la punition que Pharaon a voulu infliger aux Hébreux conduisant Moïse vers Pharaon sauvé des eaux, certainement sur la volonté de D.ieu, pour plus tard, l'envoyer faire face à Pharaon pour négocier ce point et permettre la confrontation entre les deux symboles du pouvoir et de la foi.
Exode chapitre 10 1- L'Éternel dit à Moïse : "Rends toi chez Pharaon; car moi même j'ai appesanti son cœur et celui de ses serviteurs, à dessein d'opérer tous ces prodiges autour de lui.
Rabhi Ménahem Mandel de Kotz : Il n'est pas dit "va vers Pharaon", mais "viens vers Pharaon" car on ne quitte pas Dieu puisque la terre est emplie de Sa gloire, c'est pourquoi le verbe idoine est "viens" c'est-à-dire "viens avec Moi, car Je suis avec toi".


Tout ceci me permet de comprendre quelle est ma responsabilité envers ma sœur et mes frères, quelle est ma place en tant qu'aîné de cette fratrie et mon rôle de référent envers eux. Je dois emprunter certains chemins et découvrir de nouvelles choses que je dois expérimenter pour eux et traverser le premier pour pouvoir les aider plus tard, les accompagner…, dans les études, dans les épreuves, dans les joies mais aussi et bien évidement dans ce passage que je traverse pour la première fois, celui de ma Bar-Mitsva où je deviens un juif reconnu et accepté.
J'y comprend le sens d'une fratrie, pour ses joies, son bonheur, son amour et son entraide…

Aujourd'hui en tant que Bar-Mitsva, à l'issue de tout ce que j'ai appris pour pouvoir lire dans la Torah, je comprends mieux le sens de mon judaïsme qui fait partie de moi depuis toujours. Je comprends mon rôle de grand frère en tant que guide et soutien pour l'avenir de ma sœur et de mes frères , je comprends le sens et l'importance de la transmission de ma religion, pour que de génération en génération les valeurs dans lesquelles je suis né puissent toujours exister…