Drasha Bereshith (06.10.18 - IC)

Bereshith - Prendre soin de notre monde


Shabbat Shalom !


La parasha de cette semaine, Bereshith, parle de la création de notre monde en 6 jours. A partir du 4ème jour, Dieu crée le ciel et la terre, sépare la lumière des ténèbres, le ciel des eaux, donne naissance aux végétaux et pose les luminaires dans le ciel. Puis Dieu crée les êtres animés : poissons, oiseaux, animaux et en dernier, l'être humain.
A chaque pas dans la Création, Dieu observe et comme cela est bon, il poursuit son œuvre jusqu'à la création de l'homme.

Ce qui m'a intéressé dans cette parasha est le choix de Dieu quant à l'ordre des lettres utilisées mais aussi celui dans lequel il crée les éléments, ce qui m'amènera à parler de la responsabilité que nous avons vis-à-vis de la Nature, mais aussi de ce qui nous rapproche d'elle.


Mon premier point relève de l'importance de la lettre Beth dans cette parasha.

La première phrase de la Torah est : Bereshith bara Elohim eth ha shamayim véeth ha aretz : " Au commencement Dieu créa les cieux et la terre."

Bereshith est suivi du verbe bara qui veut dire créer, former, façonner.
Ces deux mots ont la même racine. Commencer, c'est donc créer.

Rav Hamnouna, cité par Frank Lalou dans son livre Les lettres sacrées de l'alphabet hébreu, note un renversement de l'ordre des lettres de l'alphabet dans cette phrase, puisque les deux premiers mots Bereshith bara commencent par un Beth alors que les deux suivants Elohim eth par un Aleph.
Rav Hamnouna raconte l'histoire des lettres qui se présentèrent à Dieu dans l'ordre inverse alors qu'il s'apprêtait à créer le monde. Aucune des lettres ne convenait au Créateur, arriva alors le tour de Beth, qui est la lettre de la bénédiction Baroukh. Dieu la choisit pour commencer sa création.
Aleph n'osait plus se présenter une fois toutes les lettres passées et Beth choisie, alors l'Éternel lui dit qu'elle resterait la première des lettres exprimant l'unité divine.
Ainsi, Aleph est tout de même présente dans les mots Bereshith bara. Si elle ne commence pas la Torah, elle est la lettre divine qui rappelle à l'homme l'omniprésence de Dieu.
Le texte biblique ne commence donc pas par la première lettre de l'alphabet mais par la lettre Beth, ce qui apporte plusieurs commentaires.

Le mot Bereshith veut dire commencement, et commence par Beth tout comme Bayith qui signifie " maison " en hébreu. Dieu nous a construit notre maison à charge pour nous d'en prendre soin.
Le peuple d'Israël se nomme Beth Yisrael, nous sommes issus de cette même maison.

Si on observe la forme de la lettre Beth), elle représente une maison ouverte vers l'avenir, sa calligraphie pose des limites vers le haut, le bas, et le passé laissé derrière nous. La lettre Beth incite l'homme à poursuivre la Création de Dieu tout en lui fixant des limites à ne pas dépasser.

La valeur numérique de Beth est deux. Avec elle, la création est marquée du sceau de la dualité. Dans cette parasha, tous les éléments sont scindés en deux comme le ciel de la terre, la lumière de la nuit, le haut du bas. Seul l'être humain semble être Un, puisqu'il est mâle et femelle à la fois, mais cette unité est temporaire puisque l'Éternel va les scinder en deux aussi.


Mon deuxième point dans ce commentaire est le fait que l'être humain ait été créé en dernier.

Dans le verset 27, il est dit que l'homme est créé à l'image de Dieu. L'homme n'a pas assisté à la naissance du monde et pourtant dans le verset 28, Dieu ordonne à l'homme de remplir la terre et de la soumettre. Il lui ordonne d'être le maître des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, et de tous les animaux qui vont et viennent sur Terre.

Le Rabbin Haddad, dans son livre Paroles de Rabbins, dénonce la lecture littérale de ce verset : " Remplissez la terre et soumettez-la". Or Kibshou signifie davantage " gérer " que " soumettre " ou " conquérir ". Le Rabbin Haddad y voit une bénédiction divine, plus qu'un impératif de destruction. Non seulement Dieu bénit le premier couple en lui offrant la vie, mais il le bénit encore, en le rendant responsable de cette bénédiction et capable à son tour de faire fructifier la Création.

Dieu a donc créé le monde et demandé à l'homme d'être son jardinier.
L'ordre de création permet de penser que l'arbre serait au monde végétal ce que l'homme serait au monde animal, son parachèvement.


Mon dernier point dans cette analyse est le parallèle entre l'arbre et l'homme.

Ki HaAdam Etz HaSadeh : " car l'homme est un arbre des champs ". (Devarim, verset 20 : 19).
« La Torah est un arbre de vie pour ceux qui s'y attachent » (Proverbes, verset 3 :18)
Nombreuses sont les références faites à l'arbre dans la Torah, le mot arbre est mentionné plus de deux cents fois.
Comme le dit le poète Nathan Zach, l'arbre et l'homme sont semblables, ils poussent, ils aspirent aux cimes, ils ont soif, et un jour ils retournent tous deux à la Terre.

Cela me fait penser à l'histoire de l'arbre généreux de Shel Silverstein, écrite en 1964. L'arbre se sacrifie année après année, en offrant tout ce qu'il possède au garçon qui n'est jamais rassasié. Ce conte peut avoir deux sens : celui des êtres qui nous donnent tout et celui de ce que la Nature nous donne jour après jour, sans rien attendre en retour.

Nous usons la Terre sans nous soucier qu'elle n'est pas inépuisable.

Ce sujet me touche puisque mon prénom est Ilan, l'arbre en hébreu, source de vie et de transmission.
Pour ma Bar-Mitsva, un arbre sera planté en Israël, signe d'attachement à la terre.
Depuis toujours, le judaïsme montre cet attachement même si son peuple a dû être maintes fois nomade malgré lui.
Nous fêtons le nouvel an des arbres à Tou Bishvath, la nature nous donne et nous la célébrons. Tout comme à Rosh Hashana, le nouvel an des hommes, nous devons alors prendre conscience du renouvellement de nos ressources.


En conclusion, il apparaît que le texte biblique le plus ancien n'a jamais été autant d'actualité !
Aujourd'hui plus que jamais, l'écologie est un sujet très important. Elle ne doit pas être un parti politique mais un mode de vie responsable pour tous.
Au nom du progrès et du confort, nous avons puisé outre mesure dans les ressources de la planète, selon nos besoins et nos envies, sans se soucier du lendemain, rappelle le rabbin Philippe Haddad. La planète nous lance des signes de fatigue et d'usure : le trou de la couche d'ozone, la disparition de nombreuses espèces animales, la fonte précoce des calottes glaciaires, le réchauffement climatique…
Développer les énergies renouvelables, renouveler la plantation des forêts, préserver l'eau et les espèces vivantes en danger, apprendre à mieux consommer, sont les défis que nous devons relever.

Tikkoun Olam est un concept de la pensée juive, il évoque la réparation du monde afin de rendre la société meilleure. Nous devons réparer afin de mieux avancer.
" Si tu plantes un arbre et que le Messie arrive, finis de planter l'arbre avant de l'accueillir ", dit un Avoth de Rabbi Nathan.
Un midrash enseigne " Le Saint Béni soit-il annonça à Adam : ne saccage pas et ne détruis pas mon monde, car si tu le saccages, personne ne viendra après toi pour le réparer. "

Nous voilà prévenus !
Le monde ne nous appartient pas et nous devons le léguer en bon état aux futures générations.