Drasha Behar Behouqotaï (12.05.18 - LR)

Behar Behouqotaï - Hommes et femmes : inégalité ou égalité ?


Bonjour à tous,


Je voudrais vous expliquer par quelques mots, les deux textes (les « parashoth ») que nous lisons ce shabbath, qui se nomment Behar et houquotaï.

Pour les personnes qui ne le sauraient pas (et je sais que dans l'assemblée quelques personnes découvrent l'office du samedi matin dans une synagogue) chaque semaine à l'office du samedi matin, nous lisons une parasha de la Torah, c'est-à-dire un extrait de la Torah. A la fin de l'année à raison d'une parasha par semaine, nous aurons lu l'intégralité de la Torah.

La première parasha que nous lisons ce shabbath, Behar se réfère à la notion d'année shabbatique et développe les lois agricoles et sociales qui y sont liées : le chômage de la terre par exemple, ou la liberté pour les esclaves.
Après 7 cycles de 7 ans, c'est-à-dire 49 ans, nous parlons de jubilé. Au cours de l'année du jubilé, toutes les lois observées pendant l'année sabbatique doivent être respectées, ainsi que d'autres spécifiques au jubilé : par exemple les terres doivent revenir à leur ancien propriétaire.

Dans la deuxième parasha, qui se nomme Behouquotaï et dans laquelle je lirai tout à l'heure, Dieu dit à Moïse qu'il donnera à son peuple des bénédictions s'ils respectent ses commandements et des malédictions en guise de punition s'ils ne les respectent pas.
Sont ensuite décrits les types d'offrandes que l'on peut apporter au temple.


Mais dans cette parasha, un paragraphe m'a plus particulièrement interpellée. Le paragraphe où Dieu parle à Moïse et lui dit je cite : « Si quelqu'un promet expressément, par un vœu, la valeur estimative d'une personne à l'Éternel, appliquée à un homme de l'âge de vingt à soixante ans, cette valeur sera de cinquante sicles d'argent, au poids du sanctuaire ; et s'il s'agit d'une femme, le taux sera de trente sicles. » Je ne vous ai cité que la première phrase car la suite du texte ne parle que du sujet que je voudrai désormais évoquer « l'inégalité hommes/femmes ».

On pourrait penser en lisant cette phrase que la Torah est source d'inégalité.

Je rappelle que chaque matin, il existe une bénédiction, qui dit « Béni sois tu Éternel Notre Dieu, roi de l'Univers, qui ne m'a pas fait femme ».

Mais on ne peut pas s'arrêter là.

L'histoire juive et la Torah regorgent d'histoires où la place des femmes est au moins égale, si ce n'est supérieure aux hommes.

Je peux citer l'exemple de la Reine Esther qui a sauvé son peuple, de la destruction et qu'on célèbre lors de fête de Pourim
En Perse, Esther, orpheline juive, gagne un concours de beauté, devient Reine et déjoue un complot d'un vice-Roi qui avait pour but d'exterminer tous les juifs du Royaume.

Je peux citer l'histoire d'Abigaïl. Épouse de Nabal, elle persuade le roi David de ne pas tuer son mari, tout en lui indiquant qu'il lui doit être un homme sage puisqu'il sera le futur Roi d'Israël.
Présentée comme une prophétesse, elle se montre habile, persuasive, mais surtout artisan de la paix.

Je n'en citerai qu'une dernière, Judith, qui écarte la menace d'une invasion assyrienne en décapitant le général ennemi Holopherne.
Judith se sacrifie pour sauver sa ville et risque sa vie pour le bien des autres.

Ces exemples de femmes de la Torah nous montrent en réalité le rôle majeur de la femme dans le judaïsme.

C'est pourquoi, il serait trop facile de dire que la Torah est nécessairement source d'inégalités.

Et c'est d'ailleurs bien cela que je suis venue apprendre et comprendre au MJLF.

On peut avoir plusieurs visions et plusieurs lectures des textes bibliques dans un sens moderne.

La lecture de ce texte a fait comme un déclic dans ma tête, car il a amené beaucoup de réflexions en lien avec ce que je suis et avec ce que j'ai vécu depuis 13 ans.


Mais ce sujet me concerne aussi beaucoup pour l'avenir, car dans quelques années, je serai une femme et ce combat sera vraiment le mien.

Ce qui me ramène aussi à ma situation, à ma réalité c'est la raison pour laquelle j'ai décidé de faire ma Bath-Mitsva. Je pense que la préparation à la Bath-Mitsva que j'ai suivie ici depuis deux ans, m'a apporté une base de connaissance, de culture juive, qui me permettront plus tard de choisir si je veux ou non être religieuse, c'est-à-dire pratiquer la religion.

Mes parents m'ont toujours enseigné qu'il vaut mieux, sur n'importe quel sujet, avoir toutes les cartes en main, pour être en position de pouvoir choisir :
- bien travailler à l'école pour pouvoir choisir le métier que je voudrai faire plus tard,
- avoir la connaissance que j'ai acquise en venant au Talmud-Tora du MJLF pour savoir si je voudrai ou non pratiquer la religion.
Tout ça dans l'objectif d'être une femme libre de mes choix, et libre de mes pensées.


L'égalité entre les femmes et les hommes est une valeur très forte ici et très présente dans cette communauté libérale que j'ai eu la chance et la fierté de connaître pendant les deux dernières années.

Une fille, aux côtés d'un garçon peuvent faire leur Bath et Bar-mitsva, lire à égalité dans la Torah, avoir le même droit de faire ou de ne pas faire leur Bar/Bath-Mitsva, être libre de mettre ou de ne pas mettre les téphilines ou le talith, ont le même temps de parole et de lecture.
Bref, nous sommes, mon co-célébrant et moi, sur un même pied d'égalité devant Dieu.

Mais pas seulement, nous sommes aussi à égalité dans la vie de tous les jours, et cela nous apparaît normal aujourd'hui mais je sais que pendant des siècles des gens se sont battus pour que nous ayons les mêmes droits.


Mes parents m'ont dit qu'il restait encore du chemin à faire notamment pour que les femmes aient les mêmes salaires que les hommes lorsqu'ils font le même métier, mais j'ai conscience de la chance que j'ai dans ma vie de tous les jours d'être l'égal de l'homme.


Un évènement récent m'a d'ailleurs beaucoup marquée, la mort de Simone Veil. Cet évènement a été très médiatisé et j'ai commencé à m'intéresser à ce qu'elle avait apporté au combat des femmes notamment la liberté de disposer de son corps, symbole de leur indépendance et de leur libre arbitre.


Pour conclure, je voudrais vous dire toute la fierté que je ressens d'avoir eu la possibilité de faire ma Bath-Mitsva en présence d'une femme rabbin, Delphine Horvilleur et de pouvoir lire dans la Torah (...) alors que je suis une fille ;

Je suis également très fière d'avoir pu étudier au MJLF où la cause des femmes est défendue,

Je suis fière de faire ma Bath-Mitsva en présence de toute ma famille,

Je suis fière que les personnes qui m'ont fait l'honneur de leur présence soient le reflet d'une certaine diversité qui est aussi celle de notre société,

Je suis fière d'ouvrir la voix religieuse à mon petit frère et aussi à tous mes petits cousins/cousines,

Je suis fière de mes grands-parents maternels qui m'ont ouvert un état d'esprit différent de celui que j'avais sur la religion et qui m'ont rappelé depuis mon plus jeune âge d'où je venais,

Je suis fière aussi de mes grands-parents paternels qui m'ont aidée à développer une culture libérale de la religion et c'est cette voix qui m'a inspiré pour étudier au MJLF,

Je suis fière également de mes parents qui ont fait le choix d'être mariés par Pauline Bebe, première femme rabbin de France et qui m'aident dans l'éducation qu'ils me donnent à devenir plus tard une femme indépendante, libre de mes actes et de mes pensées.