Drasha Balaq (30.06.18 - ED)

Balaq - Les contradictions de Dieu


Balaq, roi de Moab, a peur du peuple d'Israël qui a ravagé un pays voisin en le traversant. Apeuré, il décide de faire appel au prophète Balaam pour maudire le peuple d'Israël et s'assurer ainsi la victoire. Il envoie donc plusieurs princes le chercher. Recevant cette requête, le prophète Balaam décide de demander à Dieu durant la nuit s'il doit se rendre à cette convocation. Dieu lui répond qu'il ne doit pas aller maudire le peuple d'Israël. Le roi Balaq, déçu de cette réponse, insiste et envoie auprès du prophète Balaam d'autres princes encore plus riches et plus nobles pour tenter de le convaincre.

A nouveau, le prophète Balaam interroge Dieu pendant la nuit. Cette fois, Dieu lui répond d'aller avec eux à la cour du roi Balaq mais de ne faire que ce que lui, Dieu, lui demanderait de faire.

Balaam part donc à l'aube sur son ânesse. Durant le trajet, de façon inexplicable, l'ânesse prend peur et s'enfuit dans les champs. Furieux, il la frappe à trois reprises C'est alors que devant les yeux de Balaam apparaît un ange armé d'une épée que Dieu avait envoyé pour l'empêcher de passer et de continuer sa route. Seule l'ânesse avait su voir cet ange. Finalement Balaam reprend sa route et arrive auprès du roi Balaq. Celui-ci lui ordonne de maudire le peuple d'Israël mais alors que le prophète s'apprête à commencer sa malédiction, Dieu lui ordonne de ne prononcer que des bénédictions, ce que Balaam fait et cela par 3 fois.

Le roi Balaq, furieux, finit par le bannir de son royaume.



Dans cette parasha, ce qui m'a frappé, ce sont les contradictions de Dieu. C'est donc ce dont je vais vous parler.

En effet, lorsque Balaam lui demande pour la première fois s'il peut suivre les messagers de Balaq, Dieu dit : « Tu n'iras point avec eux. Tu ne maudiras point ce peuple, car il est béni »

Or, alors que Balaam demande une seconde fois à Dieu s'il doit y aller, Dieu lui répond : « Puisque ces hommes sont venus pour te mander, va, pars avec eux ! Et cependant, les ordres que je te donnerai ceux-là seulement, tu les accompliras »

Dieu donne donc son accord à Balaam pour qu'il suive les messagers de Balaq.

Cela signifie-t-il que Dieu accepte que Balaam aille maudire le peuple d'Israël ?

Pas d'après moi. Comme le dit Nehama Lebowitz : « Le sens de « Puisque ces hommes sont venus pour te mander » sans plus, c'est-à-dire : s'ils se contentent du fait que tu partes avec eux sans maudire le peuple, comme je t'en ai averti depuis le début, alors part va avec eux ! Et cependant les ordres que je te donnerai ceux-là seulement tu feras »

Dieu donnerait donc son accord pour que Balaam suive les messagers, mais sans rien de plus. Sans que suivre les messagers implique qu'il maudisse le peuple d'Israël.

Alors que Balaam (et le lecteur) comprennent que l'accord de Dieu concerne le fait d'aller maudire les Hébreux.


Mais Dieu se contredit encore une fois, alors que Balaam partait : « Mais Dieu irrité de cela qu'il partait… ».
Pourquoi Dieu est-il « irrité » puisqu'il a donné son accord à Balaam pour qu'il parte ?


En réalité ces contradictions en sont-elles ? Je ne pense pas.

Mais, si Dieu ne se contredit pas alors pourquoi change-t-il d'avis ?

Pas besoin de lever la main !

Si Dieu change d'avis c'est, je crois, parce qu'il veut apprendre à Balaam à ne plus se cacher derrière lui, à s'assumer, à prendre ses responsabilités.

En réalité, au début, lorsque Balaam, obéissant au roi Balaq, commence à maudire Israël, Dieu intervient et prend à chaque fois possession de son corps. D'abord : « L'Éternel mit sa parole dans la bouche de Balaam » ; puis : « L'Éternel se présenta à Balaam, inspira un discours à ses lèvres » ; et enfin : « l'esprit divin s'empara de lui »

Balaam est donc en réalité un moyen pour Dieu de communiquer avec le monde.


Comme le souligne David Banon, en tant que prophète, Balaam n'est pas libre : il ne peut dire que « ce que Dieu mettra dans [sa] bouche » .

Balaam n'était de tout façon pas libre avant. On voit au début de la parasha à quel point il est prisonnier de ses propres contradictions, à quel point il ne sait pas choisir, veut une chose et son contraire : l'accord de Dieu, mais aussi les honneurs offerts par Balaq.

Comme je l'ai dit au début, Balaam, bien que sachant qu'Israël est un peuple béni, demande à Dieu s'il peut maudire Israël, et celui-ci lui dit non. Et plus tard Balaam redemande à Dieu, alors qu'il lui avait déjà dit non, Balaam insiste donc et se cache derrière l'avis de Dieu. Dieu finit par accepter et place un ange sur sa route, l'ânesse le voit mais pas le prophète Balaam : pourquoi un animal représentant la stupidité voit quelque chose qu'un prophète ne voit pas ? A mon avis Balaam ne voit pas l'ange car il ne veut pas le voir, il ne veut pas voir le refus de Dieu envers sa requête. Il est donc sourd et aveugle à cause de son entêtement : il n'entend pas Dieu quand celui-ci lui dit de ne pas y aller et ne voit pas l'ange quand il lui barre la route.


Comme le dit David Banon : « Tout le récit de l'ânesse consistera à faire prendre conscience à Bilam de la limite de ses pouvoirs : sa vision est inférieure à celle de l'ânesse. Elle montre plus de clairvoyance que lui. ». Ce qui m'amène à vous poser une question : Qui est le plus bête de l'homme qui ne voit que ce qu'il veut voir ou de l'ânesse qui, elle, voit ?


J'ai trouvé très intéressant l'aspect psychologique du passage avec l'ânesse, pourquoi la pensée et les convictions influencent-elles notre façon de voir les choses ? Un Homme ne voit le monde qu'à sa façon, voyons-nous tous les choses différemment ?
Pouvons-nous nous accorder si nous ne percevons pas la même chose devant une réalité identique ?


Pour en revenir à Balaam, lui ne voit que ce qu'il veut voir et, tout en sachant très bien ce que Dieu attend de lui, continue à croire qu'il peut concilier l'inconciliable : contenter Balaq tout en étant guidé par Dieu.

Jusqu'à ce qu'un choix soit nécessaire et s'impose lorsque Balaq le renvoie pour avoir bénit Israël par trois fois.


Balaam récupère alors sa propre voix et sort grandit de cette histoire.

Une fois congédié par Balaq, Balaam livre une dernière prophétie. Celle-ci ne lui est pas inspirée par Dieu, l'esprit divin ne s'empare pas de lui comme auparavant : « Et maintenant, dit Balaam à Balak, je m'en retourne chez mon peuple; mais écoute, je veux t'avertir de ce que ce peuple-ci fera au tien dans la suite des jours." Et il proféra son oracle de la sorte. ». S'en suit une prédiction de la victoire d'Israël.

Certains commentaires considèrent ce passage de manière négative. Je ne crois pas. Je crois au contraire que cette dernière prédiction, même si elle annonce quelque chose de néfaste, montre que Balaam est dorénavant capable de parler en son nom, et dans un sens favorable à Israël.

On voit alors que cette fois-ci Dieu ne prend pas possession de son corps. Balaam parle donc de son plein gré, ce qui fait de lui une personne assumant son choix et ne se cachant plus derrière Dieu.

Il a donc pris ses responsabilités. Oh, mais quel hasard c'est ce que je fais en faisant ma Bar-Mitsva. Eh oui, j'ai réussi, j'ai fait pareil que toutes les autres drashoth avec une parasha différente. Je blague !

Revenons à Balaam… Balaam a donc pris ses responsabilités, et sort ainsi de ses contradictions. Il ne s'efforce plus de concilier ce que veut Balaq et ce que veut l’Éternel. Il prend position – ce qui, sans doute, était ce qu'attendait de lui l’Éternel lorsqu'il l'avait laissé accompagner les messages.

Ces contradictions apparentes de Dieu ne visaient peut-être qu'à cela : à ce que Balaam se rende compte, par lui-même, à quel point il faisait fausse route, et revienne sur le droit chemin.


Nous sommes tous pleins de contradictions, voulant une chose et son contraire, sachant très bien ce qui serait bien et bon pour nous, mais ne le faisant pas car souvent on préfère quelque chose de plus immédiat.
Comme Dieu, nos parents ou nos éducateurs finissent parfois par nous autoriser à faire des choses qu'ils réprouvaient. Ce n'est alors pas nécessairement que nous ayons « gagné ». Mais peut-être simplement qu'ils sont lassés de nos demandes répétées, et acceptent finalement que nous fassions notre expérience par nous-mêmes : une expérience qui nous changera, et nous fera grandir.


Tant de questions inspirées par un extrait, la preuve que l'Homme n'est bon qu'à se torturer l'esprit avec des questions et le judaïsme en est l'incarnation !



Shabbath shalom