Cinq fondamentaux du judaïsme


Nouveau séminaire de pensée juive du rabbin Yann Boissière

à l'Espace Culturel Juif (119 rue Lafayette - 75010 Paris)


Un jeudi par mois à partir du 15 décembre


Dates des cours :

Cours 1 : jeudi 15 décembre 2016, de 19h à 20h30 : « Bereshith – la Création : un début prometteur… »

Cours 2 : jeudi 26 janvier 2017, de 19h à 20h30 : « Davar – le langage : et l'homme fut un être parlant… »

Cours 3 : jeudi 23 février 2017, de 19h à 20h30 : « Toledoth – les générations : la fraternité est-elle impossible ? »

Cours 4 : jeudi 23 mars 2017, de 19h à 20h30 : « Brith – l'Alliance – Dieu n'aime pas la théocratie »

Cours 5 : jeudi 11 mai 2017, de 19h à 20h30 : « Halakhah Le rituel & la Loi : un droit de regard sur le monde »


Présentation générale :

La Bible n'est pas un livre philosophique mais elle nous parle, comme le disait Levinas, des « choses premières ». Comme telle, elle contient bel et bien une vision du monde, des intuitions, une pensée qui, en se mêlant à la trame narrative, poétique, pragmatique et visionnaire des événements du monde biblique, nourrissent aujourd'hui encore l'identité juive, et au-delà, l'expérience humaine.
Les grandes catégories de cette expérience, de cette sagesse, de ce désir pour le monde, pour les hommes et pour Dieu, ne sont pas des concepts. Elles sont des portes, qui ouvrent sur d'autres ouvertures et, en tout lieu où pourrait résider une certitude, elles placent une question.
Ces questions sont encore les nôtres, et nous savons que demain elles seront encore les nôtres, toujours actuelles, car elles sont filles du temps. Le temps, pour la tradition, est un don de Dieu aux hommes pour que soient posées les questions morales.
Cinq questions, cette année, cinq tentatives de convoquer un peu de cette grâce divine pour adoucir l'âpreté de l'époque…

■ 1er cours (jeudi 15 décembre 2016) : « Bereshith – la Création : un début prometteur… »

« Au commencement Dieu créa le ciel et la terre… » : quoi de plus évident qu'un récit qui commence avec la Création du monde ? Avec un Dieu dont la parole est créatrice ? Dont le monde, de manière immédiate, est le fruit de sa volonté ?

La tradition juive, pourtant, n'a cessé de remettre en cause ces intuitions « trop premières pour être honnêtes ». La culture occidentale, ici, est influencée par la philosophie grecque pour qui le cosmos, conçue comme une totalité pourvue d'un ordre interne, se laisse naturellement connaître par la Raison. La force de cette image rend difficile de restituer la Création biblique selon les catégories propres à la pensée hébraïque, entreprise pourtant nécessaire si l'on veut en saisir l'originalité.

Nous envisagerons ainsi dans ce cours quatre dimensions à même de dessiner les perspectives de la tradition juive sur la Création : comprendre tout d'abord « ce que parler veut dire » pour le Dieu de la Genèse, puis le fait qu'il n'y ait pas une, mais trois créations !

Nous verrons ensuite combien l'ontologie biblique n'est pas seulement cosmologique, mais éthique par nature, pour en venir enfin au rôle de l'homme au sein du monde créé.

■ 2ème cours (jeudi 26 janvier 2017) : « Davar – le langage : et l'homme fut un être parlant… »

Le langage précède le monde ! – tel est le message grandiose de la Genèse, et sans doute l'une des intuitions les plus profondes de la Torah. Mais ce langage, apanage d'un Dieu créateur, est ensuite partagé, « insufflé » à l'homme. Puissance de nomination (des animaux et du monde), capacité à s'adresser à Dieu, réceptivité à la dimension de la Loi (« Ayéka », « où es-tu ? ») : cette faculté de langage qui élève clairement l'homme à une dimension à part dans la Création, ne va pas sans risques. De fait, les premiers balbutiements de l'homme échouent lamentablement. Adam et Eve se parlent comme à des objets, le déni de dialogue entre Caïn et Abel aboutit au meurtre, et il faut attendre Abraham pour que le langage devienne intéressant, outil de progression pour l'homme (par la prière, par exemple), et projet humain… de participer au projet divin.

Nous suivrons donc dans ce cours les avancées, les reculs, les perversions et les noblesses de cette parole humaine, sans omettre de visiter quelques théories du langage très intéressantes chez Maïmonide, le Maharal de Prague, Rosenzweig ou encore Walter Benjamin.

■ 3ème cours (jeudi 23 février 2017) : « Toledoth – les générations : la fraternité est-elle impossible ?»

Les toledoth, les « engendrements », ce sont tout d'abord l'immense difficulté, dans un monde biblique âpre à la survie, instable, disputé, à pouvoir produire une génération postérieure à la sienne, avoir des fils et des filles… Emouvante saga des patriarches et des matriarches, où l'instinct de vie et de transmission de la promesse finit par avoir raison des duretés de l'existence, ce qui n'exclue pas la ruse…

Mais toledoth, nous a appris Manitou, c'est aussi – sourde basse continue qui court tout au long du Livre de la Genèse -- l'aptitude, le défi à « engendrer »une certaine manière d'être homme, dont l'une des valeurs morales la plus authentique et la plus difficile serait la capacité à être frère. « L'être-frère », voilà ce qui dans la Genèse provoque meurtre, jalousie, réconciliation, avant que naisse une famille « d'Israël » (Jacob renommé), à peu près « en ordre fraternel ». Après la geste de Joseph, en effet, dont la capacité à pardonner et la hauteur de vue résolvent le problème de la fraternité, la famille d'Israël sera mûre pour un horizon plus large, dans l'Exode : celui de l'histoire et du politique.

■ 4ème cours (jeudi 23 mars 2017) : « Brit – l'Alliance – Dieu n'aime pas la théocratie »

Une vulgate assez répandue voudrait que la politique ne soit pas le sujet qui intéresse la Bible au premier chef. Voire, que le judaïsme n'ait pas développé de pensée politique. Hâtif et inexact, ce jugement provient de ce que la Bible pose les choses différemment de la tradition philosophique. Pour cette dernière, la Cité était censée créer les conditions adéquates afin de mener l'homme vers sa perfection et sa félicité naturelles : la Raison.

Les intuitions premières de la Bible sont différentes. Pulsion de survie, risque du totalitarisme, dégradation de l'essence du langage : ce sont plutôt les dangers suscités par l'association humaine qui retiennent l'attention de la pensée hébraïque. Soucieux d'une perte toujours possible de dignité humaine, les « départs » du politique vont se développer pour la tradition – toujours de manière non théorique, et extraordinairement humaine -- autour des trois thématiques de la justice, la liberté, et la fraternité.

On y verra Abraham invectiver Dieu – et inventer à cette occasion le droit naturel – Joseph introduire la dimension du temps en politique, et Moïse, bien sûr, susciter la crainte éternelle de toute tyrannie présente ou à venir, message universel : la libération, la liberté est possible…

■ 5ème cours (jeudi 11 mai 2017) : « Halakhah -- Le rituel & la Loi : un droit de regard sur le monde »

C'est la question « où es-tu ? » adressée par Dieu au Jardin d'Eden qui signe pour l'homme l'apparition de la problématique de la Loi. Cette question le prend totalement de court, et provoque sa fuite ! Avant même que de le laisser développer des « expériences » du monde, Dieu situe d'emblée l'humain dans une sommation de répondre à une parole. Cette question lui intime l'ordre de prendre au sérieux sa « place dans l'être », de se constituer en « coupure » avec le monde des phénomènes, bref, à se constituer en un « qui », en un « Je ».

Telle est, en son sens le plus profond, la signification de la loi.

C'est avec cette intuition première en tête que nous tenterons de jeter un regard global sur la halakhah : en quoi elle promeut une certaine vision du monde, en quoi elle est transformative dans la perspective d'un projet de sainteté, quelle est la fonction du rituel pour l'homme, quelles sont les raisons pour lesquelles, selon les Sages, il faut obéir à la loi – comment, enfin, les facteurs culturels influent sur notre compréhension de la loi.