Discours de Gad Weil, Président du MJLF, à Yom Kippour 5779

Nous voici aujourd'hui, jour de Kippour, Yom HaKippourim, dans ce moment particulier, entre les offices de Minha et Nehila, où toutes les synagogues de France, tous les lieux de prières du judaïsme de France, se remplissent.

A cet instant, chacun et chacune d'entre nous est humble et recueilli, concentré dans son introspection et son dialogue personnel avec Dieu. Nous sommes tous comptables et responsables de nos pensées comme de nos actes.

Nous réfléchissons à l'année écoulée, à ce que nous avons accompli et à ce que nous n'avons pas fait, mais aussi à ce que nous avons mal fait.

Ce moment d'élévation nous est nécessaire.Il nous réconforte et nous donne la force d'entretenir la flamme du judaïsme, de notre judaïsme.

Qu'est-ce que notre judaïsme : il est ce judaïsme dit libéral qui n'est ni laxiste, ni light, ni low cost.

Notre judaïsme est un judaïsme égalitaire, moderne, ouvert, c'est le judaïsme de Hillel.

Il y a 2000 ans, Hillel et Chamaï représentaient les deux approches du judaïsme. Hillel est considéré comme une personne douce et accueillante, visant à toujours résoudre les problèmes dans la facilité, tandis que Chamaï est pris pour un homme dur et exigeant, préconisant une conduite rude et intransigeante. Cette perception est probablement due à l'une des nombreuses anecdotes livrées à leur égard (Chabbath 31a) : on y raconte l'arrivée devant ces deux sages de trois candidats à la conversion, avec, à chaque fois, des exigences surprenantes. Le premier n'accepte de se convertir que sans assumer la Tora orale, le second n'est prêt à le faire que si l'on lui apprend la Tora quand il se tient sur un pied, et le troisième ne demande ni plus ni moins qu'à être Kohengadol. Chamaï les rejette, tandis que Hillel les accepte, non sans, tout de même, entreprendre de les raisonner. Les trois convertis se retrouvent ensemble à l'occasion et bénissent Hillel de son attitude. La souplesse de caractère de Hillel est donc prouvée, et louée – nos Sages ne disent-ils pas (id. 30b) qu'il faut toujours aspirer à être humble comme Hillel et non point dur comme Chamaï ?

Cette controverse est toujours d'actualité, c'est celle que le Consistoire Central et nos communautés libérales entretiennent encore et toujours. Je veux ici vous lire un extrait du discours que Jean-François Bensahel, Président de l'ULIF Copernic, dit au Palais des Congrès, comme Jean-François lit un extrait du mien en ce moment même :

" La majorité des Français juifs ne fréquente jamais de synagogues et de manière générale de lieux juifs, sans doute parce que le judaïsme officiel ne répond pas à leurs attentes d'hommes et de femmes du XXIème siècle, mais aussi parce que le judaïsme libéral, mais bien plus largement moderne, celui qui comprend les libéraux, les massorti, qui pourrait certainement leur correspondre et les accueillir, est méconnu. Ils préfèrent ainsi s'éloigner purement et simplement du judaïsme – sous toutes ses formes -, et prendre simplement le risque de ne pas transmettre à leurs enfants l'honneur, le bonheur difficile, l'exigeante liberté d'être juif. Le risque du défaut de transmission et donc de l'avenir du judaïsme en France, est de nos jours réel

Aussi, si notre judaïsme moderne et ouvert ne parvient pas à être plus visible en France, alors sans aucun doute, nous porterons tous collectivement le poids de la responsabilité de la disparition des juifs en France.Allons nous alors baisser les bras ?

Allons nous attendre d'autrui la solution ? Allons-nous attendre des miracles ? Évidemment non, cela est illusoire. C'est à nous de prendre en main notre destin, et de le mettre au service de cette forte population juive éloignée de nos synagogues, et, également au service de la société française."

Après cette citation du président de l'ULIF Copernic, je reprends mon propos pour vous dire qu'en ce jour de jugement et de recueillement, nous devons et nous pouvons, ici et maintenant, dans ce moment de gravité et de solennité que va être la prière de Nehila, dans ce moment où le chofar va retentir pour la dernière fois à Yom Kippour, prendre cet engagement personnel et collectif de construire et de développer notre judaïsme d'ouverture.

De donner à nos enfants et à nos petits-enfants l'assurance de vivre demain et pour longtemps notre judaïsme à Paris, en Île-de-France et en France à travers une maison commune.

C'est pour cette raison, pour l'avenir de notre judaïsme et celui de nos enfants que les communautés du MJLF et de l'ULIF Copernic dessinent les contours d'un rapprochement.

Il est temps de poser les fondations de cette maison.

Les travaux réalisés par les 2 conseils d'administration, les échanges multiples, réguliers et fréquents nous ont tous fait converger vers la même solution : en devenant fusion, ce rapprochement dessine une nouvelle histoire et une nouvelle géographie du judaïsme français.

Je veux ici être très clair, nous garderons nos trois synagogues, nous garderons la diversité de nos minaguims, il ne faut avoir aucun doute sur ces points. Je veux éteindre les rumeurs, non, nous ne vendons pas Beaugrenelle.

Nous voulons plus de synagogues et plus de Talmud Tora qui fassent vivre notre judaïsme.

Nous voulons être ce chemin d'espoir et cette voix forte et claire.

Nous voulons pouvoir dénoncer l'antisémitisme, sous toute ses formes et en tous lieux, le qu'il s'exprime en tant que tel ou qu'il prenne le masque de l'antisionisme.

Nous voulons affirmer notre attachement indéfectible à Israël.Nous voulons travailler avec nos amis des communautés juives modernes israéliennes, américaines, européennes.Nous voulons peser dans les discussions avec les autorités politiques en France en apportant notre éclairage, en affirmant notre point de vue.

Et nous voulons aussi dire notre attachement à notre pays la France, notre volonté sans faille de donner à nos enfants le cadre et les conditions d'êtres des citoyens français, juifs heureux et épanouis.

Nous voulons que les pouvoirs publics, que les médias et que l'ensemble de nos concitoyens entendent notre vision du monde, entendent notre engagement dans la cité, entendent notre résolution à participer au bien commun.Nous voulons que chaque juif de France puisse trouver dans notre maison commune l'écoute et l'accueil qui le confortera dans son judaïsme, dans son appartenance à notre histoire multimillénaire.

Nous voulons que nos enfants puissent demain, bien après avoir fait leur bat et leur bar-mitsva dans nos synagogues, rencontrer, aimer et être aimé par n'importe quelle jeune fille ou jeune homme juif, qu'il ou elle soit libérale, massorti, consistorial ou laïc.

Nous ne voulons plus de mur, de fossé, de débats houleux, de séparation.

Nous voulons réunir et rassembler tous les juifs de Paris, d'Ile-de-France et dans un second temps de France sans que telle ou telle façon de vivre, de pratiquer, de transmettre le judaïsme ne soit autre chose que des nuances, des subtilités, des cordes à un même arc, à un même instrument, les branches vigoureuses et complémentaires du même arbre de vie.

Je sais combien cette vision peut sembler lointaine, difficile à atteindre, peut-être même utopiste.

Mais nous sommes au service de notre judaïsme et de notre pays.

En œuvrant ensemble, en agissant avec détermination, nous ferons bouger les lignes, nous montrerons que la 3e communauté juive du monde se met en mouvement sous l'impulsion de sa grande et belle communauté libérale.

Le judaïsme moderne et libéral en France a fonctionné depuis plus d'un siècle, et tout particulièrement un demi siècle, sous forme d'émiettement et de scissions.

Alors que les enjeux sont maintenant à un niveau très élevé, il est plus que temps de retisser les liens, de reprendre les mailles, de consolider les ourlets, pour affronter notre destin…

Ce matin à l'office de chaharit, nous avons lu la haphtara tirée des textes du prophète Isaïe.

Ces textes dénoncent clairement tous ceux qui, oubliant que morale et religion sont indissociables, se montrent sourcilleux jusqu'à l'obsession à l'endroit du rite et négligent allègrement leurs responsabilités à l'égard d'autrui.

Usant d'apostrophes virulentes, de déclarations ironiques, d'antithèses vigoureuses, de métaphores hardies, le prophète dénonce une caricature de religion, qui n'est plus qu'une coquille vide.

Nous allons en 5779 écouter le prophète Isaïe, nous allons agir pour bâtir ce judaïsme de Hillel, nous allons travailler inlassablement à rassembler et à mobiliser les juifs de France. Par le judaïsme, notre judaïsme.

Nous allons dans les semaines et les mois qui viennent vous réunir, échanger, afin que ce projet de fusion prenne corps, et aboutisse aux décisions.Je vous propose de venir à Beaugrenelle le 17 octobre prochain à 19h pour débattre de cette fusion à laquelle nous donnons une action régionale et une ambition nationale.

Que chacune et chacun d'entre vous parle et écrive, à sa famille, à ses amis, ses voisins, ses collègues. Rencontrez-les, dites-leur par téléphone, par mail, par les réseaux sociaux, WhatsApp, Facebook, de nous rejoindre, d'être acteurs de leur vie juive.

Soyez chacune et chacun les bâtisseurs de cette maison du judaïsme égalitaire, moderne et ouvert.

Rejoignez-nous, venez assister à nos offices, adhérez au MJLF, soutenez notre mouvement, investissez du temps, de l'énergie, de l'argent, de la compétence.

Et si vous ne pouvez pas, au quotidien, participer à cet effort mais que vous le trouvez louable, alors contribuez à nous aider par un investissement. Dans la vie civile les investissements se font dans l'immobilier, les actions, les bijoux ; dans notre judaïsme l'immobilier ce sont nos synagogues, les actions, c'est la tsedaka, les bijoux, c'est la Torah et notre interprétation des textes.

Renforcez nos capacités pour que nous soyons forts et efficaces, déterminés et utiles au rayonnement de notre judaïsme.Faites-le parce qu'il est temps, faites-le parce que c'est juste, faites-le parce que le son du chofar de Nehila est proche et va réveiller nos consciences.Soyez tous inscrits dans le livre de la vie.


Gmar hatima tova