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JOUR DE FANFARE Dracha (Sermon) de Roch Hashana 5771 du Rabbin Stephen Berkowitz
Les sons agréables de l'été sont désormais derrière nous ; une brise légère qui faisait bruisser les feuilles dans les arbres, le gazouillement des rivières dans les montagnes, les cris des enfants heureux barbotant
dans les vagues, le silence d'une nuit étoilée et fraîche. Aujourd'hui, de retour chez nous, ces sons apaisants et calmes sont remplacés par le vacarme de la grande ville : les klaxons, le grincement des freins des bus ou des trains, les échanges bruyants entre personnes alcoolisées dans les cafés, et les nombreuses sonneries de téléphone, n'importe où dans l'espace public et privé.
C'est précisément au moment de la transition entre ces deux ambiances sonores si opposées de l'été et de la rentrée qu'advient la fête de Rosh haShanah également appelée Yom Terouah, jour de fanfare.
Le peuple juif, que Martin Buber appelait le Ohrenmenschen, c'est-à-dire «les hommes de l'oreille», dont la profession de foi commence par le mot «Écoute», célèbre la nouvelle année par l'accomplissement d'une mitsvah assez particulière qui a un rapport avec le son : tekia chofar, la sonnerie du chofar. Pour la tradition juive , c'est par le sens de l'ouïe que l'homme perçoit le monde, prend conscience de sa vie, de ses rapport avec d'autrui ainsi qu'avec l'Eternel, son Créateur. En entendant le chofar, nous sommes tous invités à méditer sur l'importance de l'écoute, écouter les sons et les voix extérieures, mais aussi écouter sa voix propre, celle que nous sommes les seuls à entendre.....
Demain et après-demain nous allons sonner le chofar à deux occasions--- il ne faut pas le rater ! --- pendant l'office de la sortie de la Torah et pendant l'office de Moussaf. Voici chers amis, une réflexion ou une kavanna, qui pourrait nous aider à mieux appréhender cette cérémonie si importante de Roch haChana :
Tekia!
Comment écoutons-nous?
Tekia!
Nos oreilles captent plusieurs sons mais notre cerveau en sélectionne certains.
Nous ne pouvons pas tout emmagasiner.
Tekia !
Et qu'en est -t -il des sons ou des voix des autres?
Quand nos enfants ou nos élèves nous font part de leurs joies et de leurs réussites, de leur soucis et de leurs préoccupations, est-ce que nous, parents et maîtres, les écoutons attentivement ?
Tekia!
Quand les sans-abris, les étrangers, tels quels les Roms, s'adressent à nous pour solliciter notre aide, est-ce que nous ouvrons nos oreilles pour les écouter ou restons-nous sourds à leurs appels ?
Shevarim!
Et quand nous sommes à table en famille ou en communauté, à côté des doyens, des seniors, faisons-nous toujours l'effort de leur tendre l'oreille, ou avons- nous plutôt tendance à privilégier les échanges avec ceux de notre classe d'âge ?
Shevarim!
Et quand nous discutons avec nos frères juifs plus religieux que nous,
ou quand nous débattons avec des amis qui ont des opinions politiques différentes des nôtres, sommes-nous capables d'écouter leurs arguments avec respect et intérêt, ou avons-nous plutôt tendance à rejeter tout, en bloc, dans leur discours.
Teroua !
Et les voix de ceux qui nous sont chers, conjoints, amis, … prenons-nous le temps de les écouter attentivement ?....
Tekia Gedolah !
Parvenons-nous à écouter la voix de notre vérité ?
Ecoutons-nous la voix de D.ieu qui s'adresse à nous avec ce mot unique, le même avec lequel il s'est adressé à Adam au jardin d'Eden : Ayekha ? Où est-tu ?
Chers amis, nous avons parfois l'impression que le son du chofar, ce son animal, si étrange et mystérieux est en quelque sorte l'expression d'une âme languissante incapable de s'exprimer à travers les mots. A l'exception du jour de chabbat, jour de repos pendant lequel nous avons la possibilité d'être au plus près de nous -mêmes sur le plan spirituel, la vie prenante et souvent oppressante que nous menons, ne nous permet pas les autres jours de l'année d'être à l'écoute de cette voix intérieure.
Mais le jour de Roch ha Chana, nous nous efforçons de l'écouter au moment de la sonnerie du chofar. C'est pourquoi, nous avons l'habitude de nous recouvrir la tête avec un tallit, et de fermer les yeux pour mieux nous concentrer sur les sons de tekia—shevarim--teroua--tekiah gedolah.
Évidemment, il n'y a qu'un seul chofar qui sonne pour toute une assemblée mais chaque fidèle qui écoute les quatre sons, imagine qu'ils sont pour lui seul. Au passage, il est intéressant de signaler que si le jour de Roch ha Chana un juif doit choisir entre une synagogue avec un minyan mais sans chofar et une synagogue sans minyan mais avec chofar , le Shoulkhan Aroukh préconise qu'il faut choisir la synagogue avec le chofar.
Nous disions que la sonnerie du chofar nous permet de réfléchir à l'importance qu'il y a à écouter la voix des autres. C'est une thématique qui est également présente dans les textes bibliques que nous lisons le premier matin de Roch ha Chana.
En effet, dans le passage de la Genèse qui raconte la naissance d'Isaac et le renvoi d'Ismaël et Hagar, et le passage prophétique , notre haftarah ,qui parle de la naissance de Samuel, nous retrouvons les mots-clés : chama, « entendre » et kol, « la voix. »
(je vous invite à regarder si vous voulez bien les versets dont il s'agit, à la page 127 dans le Mahzor du MJLF Annénou)
Ainsi, dans la Genèse 21:6, Sarah s'exclame, après la naissance de yitshak, dont le nom veut dire « rire »,
kol ha shoméa yitshaq li Tous ceux qui entendent, se moqueront de moi, ou, riront de moi.
Puis, au verset 12 après que Sarah ait demandé le renvoi de Hagar et Ismaël, Abraham, le père tiraillé et en détresse, entend D.ieu lui dire : kol asher tomar elekha sarah shima bikolah, Tout ce que Sarah te dira, écoute, obéis à sa voix...
Après, il y a un passage intéressant qui concerne Hagar et Ismaël (verset 17):
va yishma elokim et kol ha naar va yikra elokim el hagar min ha shamayim va yomer lah mah lakh hagar al tirei ki shama Elokhim el kol ha naar baasher hou sham Et D.ieu entendit la voix du garçon, et un messager de D.ieu appela Hagar depuis le ciel et lui dit, « qu'as-tu Hagar ? N'aies pas peur, car D.ieu a entendu la voix du garçon, là où il se trouve ».
Enfin, le texte prophétique tiré du premier tome de Samuel chap 1. Permettez-moi de vous rappeler le contexte avant de citer le verset.
Rappelons que notre matriarche, Hannah, est stérile, et qu'elle se rend au temple de Shiloh et prie en présence du prêtre Eli. C'est donc une femme en détresse qui épanche son âme devant D.ieu tout en sanglotant. Et pendant ce temps, le prêtre regarde sa bouche.
Veuillez tourner s'il vous plaît à la page de votre livre ...
verset 13 :v'Hana hi midaberet al libah rak sifateha naot v'kolah lo yichaméa va yahshiveha éli lishkora.... Et Hana parlait en son coeur, seules ses lèvres bougeaient, mais aucune voix, aucun son, ne sortait d’elle.
Je souhaiterais faire un petit commentaire sur deux des passages que je viens de vous citer, ceux qui parlent d'Ismaël et de Hanna.
Ismaël , fils d'Abraham est expulsé de sa maison par sa belle-mère et il se retrouve dans le désert de Beercheva. Quand il n’y a plus du tout d’eau dans leur gourde, sa mère, Hagar l’installe sous un buisson et se met à distance (le texte de la Torah précise: harhek kimtahavé kechète—la distance d'un trait d'arc)pour ne pas voir son fils mourir de soif. A aucun moment le texte ne nous dit que le garçon pleure ou qu’il pousse des cris de détresse. Et pourtant nous apprenons que D.ieu entend effectivement Ismaël. Comment expliquer qu'il n’est pas fait mention de la voix d'Ismaël ? Un commentateur, le rabbin Mendel Vorker enseigne : « il peut exister un cri silencieux et c'est précisément ce cri là qui monte au ciel et, seul, Celui qui sonde le cœur de l'homme est capable de l'entendre... »
Regardons de plus près le texte. La phrase « D.ieu entendit la voix du garçon » est répétée mais de deux façons différentes. Dans la première partie du verset 17, « D.ieu entendit la voix.. » est écrit en hébreu :va yishma elokhim et kol ha naar, alors que dans la deuxième partie la particule et qui précède le complément objet direct est remplacé par la préposition el, qui veut dire « vers » pour insister sur le fait qu'il s'agissait d'une écoute intense et compatissante de la part de D.ieu. Puis, à la différence de la première partie, il y a, dans la seconde, trois mots qui suivent : D.ieu entendit la voix du garçon: « baacher hou sham », vers l’endroit où il gît. Un qualificatif quelque peu étrange puisque D.ieu étant tout puissant et omniscient, il voit exactement où Ismaël se trouve. baacher hou sham introduit donc l'idée que l'écoute de D.ieu tient compte de la situation particulière d’Ismaël.
Ce passage vient nous dire que l'écoute n'est pas un simple procédé physiologique. La véritable écoute exige l'attention de tout notre être.
Quant au texte de la Haftarah, il nous dit que le prêtre Eli prenait Hanna pour une femme ivre car il ne l'entendait pas prier. Mais il n'avait pas pris la peine d’observer le reste de son attitude l'expression de ses yeux, ni la position de son corps, et il ne pouvait donc pas entendre les mots qui sortaient de sa bouche. D'ailleurs dans le verset 16, p. 139, Hannah lui dit « Ne prends pas ta servante pour une femme sans valeur car c’est l’excès de mes griefs et de ma douleur qui m’a fait parler si longtemps »
Eli va finalement reconnaître que Hannah avait effectivement prié, mais elle, de son côté, a été blessée par l’incompréhension du prêtre, et par sa remarque désobligeante. Généralement, les malentendus qui se produisent entre deux personnes ne sont pas seulement le résultat d'un problème de « mal entendre ». Ces malentendus interviennent souvent à cause d'un a priori que nous projetons sur l’autre, connaissance ou parfait étranger, sur lequel nous portons un jugement trop hâtif ...
Oui, il arrive que nous ne parvenions pas à distinguer une femme en détresse d’une femme ivre. Oui, il arrive que nous n’entendions pas l’appel de quelqu'un qui se trouve pourtant à un harhek mathavé keshet, la distance d'un trait d’arc, c’est-à-dire à moyenne distance de nos oreilles...
Voilà pourquoi le son du chofar est comparé par nos commentateurs à un réveil matin. Et étant donné que la racine hébraïque du mot chofar veut dire « améliore » nous pouvons comprendre que Roch Ha Chana nous offre une opportunité à saisir : améliorer notre écoute. Il s'agit d'un appel de D.ieu .
Je souhaiterais conclure ce sermon par une petite histoire.
Le feu rabbin Sidney Greenberg de Philadelphie aimait raconter l'histoire d'un berger travaillant sur les collines de l'état américain d'Idaho. Il envoie un courrier aux responsables d'une chaine de radio qu'il écoute régulièrement toutes les semaines. Dans son courrier, le berger explique que la radio est son seul compagnon durant ses heures de travail solitaire, et que pour rompre son isolement, il écoute de la musique à la radio et fait chanter son violon. Or, son instrument est vieux et désaccordé... Alors voici ce que le berger propose : « Je vous saurais gré, si, mardi prochain lors de votre émission de 10h, vous aviez l'amabilité de produire le son la, afin que je puisse réaccorder mon violon. Le producteur de la radio accepte la demande du berger, et, le mardi suivant, après avoir lu la lettre du berger à l’antenne, il émet un la, et, par conséquent le berger parvient à accorder son violon …
Et il en va ainsi pour nous aussi. La tradition juive nous demande de produire une note, voire plusieurs, avec le chofar afin que nous puissions accorder tous les instruments de nos vies spirituelles, et notamment celui, si important, de l'écoute de l'autre. Ainsi pourrons-nous créer une musique belle et douce en cette nouvelle année 5771 !
Chana tova ou metouka!
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