MJLF Judaisme et pratiques

Les Bédouins du Néguev

Voyage en Israel 2011

 
La visite rendue à Mme Dr. Tamar Golan (z’l) dans son kibboutz de Lahav et la conférence de Maître Daniel Kindler nous ont amenés à réfléchir sur la situation des Bédouins en Israël à l’heure actuelle.
 
 
Les Bédouins furent la première minorité que nous avons découverte en arrivant en Israël.
Les informations données par Noam, notre guide, nous ont appris que le terme bédouin provient de l’arabe badawi signifiant « habitants du désert ». Les bédouins sont des nomades de culture arabe et sunnite. Ils vivent essentiellement de l’agriculture et de l’élevage (chèvres, moutons). Usuellement, le mode de déplacement des bédouins est le chameau, adapté au désert. Mais de nos jours, ces animaux sont de plus en plus souvent remplacés par des voitures tout-terrain.
 
En Israël, ils se répartissent entre la Galilée et le Néguev où l’on compte environ 170 000 individus. Ces deux groupes sont différents car chez les Bédouins le lien avec la tribu est très important. Chaque tribu est dirigée par un cheik, titre transmis de père en fils. Ce chef dispose d’un tampon sur lequel est inscrit son nom et qui lui sert de signature.
 
La soirée passée sous une tente bédouine nous a éclairés sur le mode de vie de cette population, et ses traditions.
Les bédouins, nomades, vivent sous une tente. En été, on utilise celle tissée avec de la laine de mouton, en hiver, ce sont les longs poils des chèvres noires qui servent de matière première. On l’appelle parfois la « maison de cheveux ». Cette laine contient plus de graisse et se révèle donc plus imperméable.
 
La visite du musée bédouin au centre Joe Alon (Néguev) nous a permis de comprendre l’organisation de la tente. Celle-ci est divisée en quatre parties : la première partie, le Diwan ou salon est réservée aux hommes. La seconde sert de chambre à coucher. La troisième correspond à la cuisine et la quatrième aux ablutions.
 
 
La mode vestimentaire des Bédouins est codifiée pour les femmes. Une femme adulte, mariée porte un voile blanc et une robe bariolée. Une jeune fille vierge sera vêtue de bleu et coiffée d’un voile noir. Ce foulard appelé bourque protège leur tête ainsi qu’une partie de leur visage. Les bijoux sont l’apanage des femmes. Pour la cérémonie de mariage, la jeune fille arbore un voile blanc et monte sur un chameau richement harnaché. Les hommes portent généralement des habits amples et flottants, principalement de couleur blanche, un turban rouge et un keffieh , foulard typique du Moyen-Orient qui protége du soleil et des tempêtes de sable.
 
 
Le plat traditionnel de la cuisine bédouine est le mensaf, préparé à partir de viande (bœuf ou agneau), présenté sur du riz, le tout arrosé d’une sauce à base de yaourt. Les aliments qui ne peuvent être conservés à cause de la chaleur sont consommés dans la journée.
 
Les Bédouins sont connus pour leur hospitalité. Lorsqu’un invité arrive, il entre toujours du côté nord de la tente et doit tousser trois fois pour s’annoncer. Si une femme se trouve dans le diwan à ce moment-là, elle quitte la pièce et ferme le rideau. L’homme sort pour accueillir son invité, l’embrasse trois fois et lui présente ses salutations.
Si l’invité retire ses chaussures en entrant dans la tente, cela signifie qu’il compte rester plusieurs jours. On lui sert généralement une tasse de thé puis commence la cérémonie du café, moulu devant lui, car les grains de café sont plus précieux que le thé. Ce café est amer et non sucré. Lorsque le café est prêt, le maître de la tente exécute plusieurs rythmes avec le pilon pour inviter ceux qui se trouvent autour de la tente à les rejoindre. Trois tasses sont servies. Le Bédouin goûte la première afin que l’invité se sente en sécurité. L’invité goûte la deuxième tasse. La troisième tasse est servie et l’invité la boit. Ces tasses sont à demi remplies. Si la tasse servie est pleine, cela signifie que le Bédouin a déjà « le cœur plein » et ne désire pas recevoir l’invité.
 
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Maître Daniel Kindler, avocat à la ville de Beer-shev’a, nous a fait part de son regard inquiet sur les minorités, et plus spécialement celle des Bédouins. Nous résumons son analyse ci-dessous.

 

Les Bédouins constituent la plus grande des minorités en Israël. Depuis les années ’60 les gouvernements ont lancé des tentatives de sédentarisation des Bédouins. Sept villes ont été créées et neuf villages reconnus officiellement.
 
 
Mais la plupart de la population bédouine refuse de s’y installer, s’empare de territoires de plus en plus vastes et tend à faire la conquête d’une zone qui s’étend des abords de la bande de Gaza à la région d’Hébron. Ces villages, installés « illégalement » sur une réserve nationale, ne sont pas reconnus et vivent sans aucune infrastructure comme électricité, eau, égouts.
 
 
 
 
Les Bédouins sont citoyens israéliens. Ils peuvent servir dans l’armée (éclaireurs), et un nombre de plus en plus important d’entre eux fréquente l’université. Cependant, ceux qui habitent dans les villages non reconnus, connaissent une grande misère économique et sociale. Le taux de chômage atteint 25%, ce qui conduit à la délinquance et aux différents trafics de drogue ou à la prostitution.
 
Pour se rendre à l’école, les élèves doivent parcourir des distances de plusieurs kms à pied. Quant aux problèmes de santé, ils sont traités dans seulement 9 dispensaires qui donnent les soins médicaux de base. Pour les soins plus approfondis, les habitants doivent se rendre dans des cliniques à des dizaines de kms de chez eux.
 
Conscient que le problème de ces villages illégaux constitue une véritable bombe à retardement, le gouvernement envisage de céder aux pressions de la population bédouine. Suivant les directives de la commission Goldberg, un emplacement géographique situé dans le triangle délimité par Beer-shev’a, Arad et Dimona est offert aux bédouins, assorti d’un fort dédommagement financier. Cependant, les bédouins refusent d’abandonner leurs terres même pour une offre qui se chiffrerait à plusieurs milliards de shekels.
 
 
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