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Rabbin Louis Germain Lévy - Premier rabbin libéral en France
Texte extrait du "Dictionnaire biographique des rabbins et autres ministres du culte israélite :
- France et Algérie
- Du Grand Sanhedrin (1807) à la loi de séparation (1905)"
Sous la direction de Jean-Philippe Chaumont et de Monique Lévy
Berg international Editeurs LÉVY (Louis Germain).
Né le 9janvier 1870 à Paris. Décédé le 15 décembre 1946 à Paris. Epoux d’Alice Jacob. Rabbin à Dijon, à Paris.
Son père, lsaac Lévy, natif de Marmoutier, opta pour la nationalité française après l’annexion de l’Alsace-Lorraine par l’Allemagne, étant déjà installé à Paris. Louis entra en 1887 au Séminaire israélite où ses grandes qualités oratoires furent vite remarquées. Il obtint le diplôme du premier degré rabbinique le 18juillet 1893 et celui de deuxième degré en 1895. Il poursuivit alors ses études à l’université par une licence en philosophie, obtenue en 1897, et soutint le 15 février 1905 ses deux thèses de doctorat ès lettres, l’une sur « La famille dans l’antiquité israélite » (grande thèse), l’autre sur «La métaphysique de Maïmonide » (petite thèse). Il fut alors autorisé par le Conseil de l’Université à faire un cours public sur l’Antiquité hébraïque et fut lauréat d’un prix de 500 francs de l’Académie française. Dès 1893 il commença à écrire dans L’Univers israélite dont il devint rédacteur. Ajoumé au tirage au sort de la conscription pour raison de santé en 1892, il fut ensuite désigné par les Missions rabbiniques pour assurer les offices pendant la saison à Vichy, où il retourna en 1895. La même année, il s’éleva dans L’Univers israélite contre les persécutions des juifs roumains. Il était dit rabbin attaché au consistoire de Paris lorsque, le 2août 1896, il fut nommé aumônier militaire au 8ème corps d’armée. A partir de 1899, il participa à la demande de Zadoc Kahn* à la tentative de modernisation que furent les Conférences religieuses du dimanche matin, organisées sous l’égide consistoriale pour retenir le public juif de plus en plus touché par l’indifférence ; il donna à la même époque une conférence à Metz, alors sous administration allemande. Elu le 25 mars 1901 rabbin à Dijon, il fut nommé par arrêté du 3juillet 1901 après avoir reçu une recommandation du sénateur Magnin ; il fut installé le 24juillet 1901.
C’est essentiellement par son engagement dans le judaïsme libéral qu’il devint un acteur important de l’histoire du judaïsme en France. En 1901, il polémiqua longuement dans L’Univers israélite avec Salomon Reinach, Théodore Klein, Emmanuel Weillt et Juda Lubetski* au sujet de la portée hygiénique des prescriptions alimentaires il était dès lors un collaborateur actif de la campagne de réforme libérale. Après s’être vainement présenté aux élections du 12mars 1905 au rabbinat de Nice, il déposa devant l’Association des rabbins français réunie les 12 et 13juin 1906 une motion « réformatrice » qui fut refusée. Il n’assista pas à l’assemblée générale de juin 1907. Il devint la même année rabbin de l’Union libérale, constituée «à l’exemple des Reformgemeinten (associations réformistes allemandes) avec office du dimanche et une plus grande place réservée aux prières dans la langue du pays » et dont il inaugura l’oratoire parisien le 1er décembre 1907. La position de l’Union libérale vis-à-vis de l’institution consistoriale donna lieu à de multiples tractations avec les consistoires et ne fut clarifiée qu’en 1924: l’Union libérale, autonome dans les domaines administratif et financier, fit partie de la communauté de Paris à titre d’assemblée cultuelle non consistoriale. Louis Germain Lévy publia à partir de 1907 le mensuel « Le Rayon », organe de l’Union libérale israélite dont il était rédacteur en chef. Dès 1904 il se rapprocha des autres courants de pensée libéraux (catholiques libéraux, protestants, libres-penseurs), d’inspiration oecuménique, ce qui lui valut dès lors de nombreuses critiques de la part des juifs consistoriaux, à plus forte raison des orthodoxes: ce comportement jugé excessivement libéral aurait été un facteur de dilution du judaïsme dans une vague religiosité. En 1904, il avait adressé un message à l’Union pour l’action religieuse et morale, association chrétienne dont le siège social était à Grenoble, et qui l’avait invité à une réunion tenue à Lyon pour la paix religieuse; en 1905, il prit part à Genève aux assises du Congrès international du protestantisme libéral et progressiste ; en 1913, il participa à des entretiens sur le sentiment religieux organisé par une Union de libres-penseurs et de libres croyants pour la culture morale et au Congrès international du progrès religieux. Il fit pourtant des concessions à la tradition, par exemple en se prononçant en 1928 contre l’utilisation du phonographe pour le culte, alors qu’il l’admettait pour l’enseignement de l’hébreu. Il représentait le libéralisme français aux manifestations du judaïsme réformiste dans le monde (à Londres en 1908 puis 1926, à Berlin en 1928, à Amsterdam en 1937...).
Son parcours fut peu marqué par la Grande Guerre. Il avait été convoqué par l’autorité militaire pour accomplir une période le 26 septembre 1906 à Mayenne en vertu de la loi de Séparation. Pendant la Grande Guerre il servit comme sapeur territorial dans les tranchées du gouvernement militaire de Paris et du ministère de la Guerre.
Dans l’entre-deux-guerres, il poursuivit son action selon les axes définis dès avant la Grande Guerre en direction de larges publics, juifs ou non, dans l’optique d’un rapprochement judéo-chrétien : journalisme, conférences au Sporting Club Maccabi et à la Fédération des Sociétés juives de France en 1929 et 1930, et à l’Union universelle de la jeunesse juive ; ces conférences furent étendues à partir de 1930 aux causeries radiophoniques de l’émission « La Voix d’Israël » ; s’y ajouta sa participation à des clubs d’études et de discussions : Club du Faubourg, en 1931 Cercle juif de Montparnasse à la création duquel il avait contribué, en 1936 Fondation Roger Fleischman. Il était membre du Keren Kayernet Le-Israël (KKL). En 1928 et 1930, il participa à des meetings de protestation contre la politique britannique hostile à l’immigration sioniste en Palestine et prononça en 1929 un discours pour le 25ème anniversaire de la mort de Herzl. Il se joignit aux activités de la Ligue internationale contre l’antisémitisme et en 1938, la crise politique internationale s’intensifiant, à une réunion de l’Union patriotique des Français israélites, de tendance nationaliste, ainsi qu’à une manifestation du Rassemblement de la jeunesse française. Il était en 1939 membre du comité de la société Serubabel, organisme juif mondial pour la restauration sous l’égide de la France d’un centre spirituel du judaïsme.
Durant la Seconde Guerre mondiale il vécut à Clermont-Ferrand et à Lyon et y resta en contact avec ses collègues consistoriaux. Il mourut peu après avoir repris son poste rue Copernic.
Il épousa à près de 50 ans, le 21juin 1919 à Paris, Alice Jacob, fille d’Emile Jacob et de Berthe Lazard. Ils n’eurent pas d’enfant.
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